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Enseignements - Jésus vient : Comment tenir seul,en famille, en communauté par S. jacquemus

Jésus vient : comment tenir seul, en famille et en communauté ?

Je remercie Sophie Helmlinger pour sa contribution à cette étude. Elle a su, malgré l’épreuve qu’elle traverse, prendre le temps de mettre en forme le brouillon du manuscrit.

Table des matières : Introduction - I- Jésus vient - II- Les bonnes racines de la prière
III- Un monde déraciné – IV – Les racines futures – V – L’Union de prière, racine cachée, pivotante et future – VI -Cultiver la racine qui tiendra

  Prière :
« O Seigneur Jésus-Christ, Créateur de la Vie, Qui soutiens l’univers par Ton Verbe puissant, Tu Te livras Toi-même à la mort en rançon et, de Ton flanc percé, Tu as déversé la joie incorruptible. Ne détourne pas Ta face de nous, Tes indignes serviteurs, mais par Ton Amour pour les hommes accepte notre humble service, et répands sur nous Ton abondante miséricorde, dans ce siècle et dans le siècle à venir. Nous T’implorons, exauce-nous et prends pitié ! » Archimandrite Sophrony

INTRODUCTION :


1 / Tenir :
Chant : nous tiendrons
Comment tenir ? Si je lâche prise, alors Dieu me tient et je peux dire comme Elie devant Achab : « Il est vivant, l’Eternel, le Dieu d‘Israël devant qui je me tiens (1 Rois 17,1), il n’y aura plus de pluie sinon à ma parole. » Parole d’autorité s’il en est ! Saint Silouane disait : « Le Seigneur m’a enseigné à tenir mon esprit en enfer et à ne pas désespérer. C’est ainsi que mon âme apprend l’humilité… c’est ainsi qu’on triomphe des ennemis. »
La prière n’est pas un discours mais une expérience. Heschel : « Que peut faire un juif de sa vie sinon apprendre à ressentir le goût du ciel ? » Matta el Maskîne : « La prière est essentiellement l’expérimentation de la Présence. En dehors de cette expérience de Dieu, il n’y a pas de prière. »
L’Union de prière est enracinée en Israël et dans toutes les Églises ; cette ouverture n’est pas toujours comprise mais c’est l’appel que Dieu nous a adressé d’être enracinés dans ‘une histoire qui doit aboutir à son terme’. A.Heschel, à nouveau, disait : « la rencontre de Dieu est vécue dans le temps car le temps oriente le monde vers Dieu ». L’UP est enracinée en arrière, en Israël et dans l’Église et en avant dans le Retour de Jésus. Le Temple de Charmes nous le rappelle : Au commencement Dieu … Viens Seigneur Jésus !
Enracinée dans la prière du Peuple de Dieu et orientée vers le Retour de Jésus, comment l’Union de prière peut-elle tenir ? Elle ne tient pas par sa propre force ou sa propre intelligence. Elle tient parce qu’elle demeure en Christ et Christ demeure en elle (Jn 6,56). Jésus-Christ devient notre demeure et, en même temps, Il est chez Lui en nous. Ainsi, plutôt que de réfléchir à « comment tenir seul, en famille et en communauté ? », je parlerai de la façon de demeurer en Lui, seul, en famille et en communauté. C’est là, en effet, la manifestation la plus élevée de l’amour du Christ pour l’homme. Saint Jean Chrysostome dit : « Il s’est mêlé à nous et est devenu un corps avec nous, pour que nous soyons unis avec Lui, de même que le corps est réuni à la tête. » (Sur saint Jean XLVI, 2-3). Nous sommes devenus le Corps unique du Christ, l’Eglise qu’Il conduit au Royaume céleste. Nous éprouvons ainsi l’avant-goût du siècle nouveau. « Lorsque paraîtra le Maître, le chœur des bons serviteurs fera cercle autour de Lui, et de même qu’Il resplendira, eux aussi resplendiront. » Alors, s’accomplira cette parole : « Dieu s’est dressé dans l’assemblée divine, au milieu des dieux… » (Ps.82,1).
Ainsi, l’Union de prière peut tenir bon car le monde devient maison de Dieu et l’homme devient christ selon la grâce.
Mon étude s’intitule donc :
Enracinés dans la prière afin de demeurer en Jésus qui vient

2 / La prière aujourd 'hui
Le baptême dans l'Esprit a renouvelé la prière de l'Église : la prière n'est pas seulement une demande mais une conversation avec Dieu dans l'amour. Les assemblées de Pentecôte, les communautés et groupes de prière charismatiques sont tous nés de la prière de deux ou trois croyants fervents. L'Esprit accueilli pousse à la repentance, à la reconnaissance, à la louange et à l’adoration. Cette prière spontanée qui s'adresse au Dieu trois fois saint sans médiation se fait avec la participation de tout le corps (« Nous recevons Ta miséricorde au milieu de Ton temple »). Chaque baptisé dans l'Esprit redécouvre la grâce de la prière personnelle qui est rencontre cœur à cœur avec Dieu. La multiplicité des formes est d’une grande richesse. L’important est la fidélité, la régularité au quotidien dans l’écoute de la Parole de Dieu, Bible ouverte. Il y a aussi la prière d'intercession, la contemplation, le combat spirituel, la prière de guérison, le parler en langue. C'est là que le Seigneur nous transforme, élargit notre cœur, assouplit notre volonté. Protestants, catholiques, évangéliques-pentecôtistes, orthodoxes sont conduits à l'unité par la prière.
La prière commence et finit la journée puis, peu à peu, par grâce, tout va se faire prière, c'est-à-dire ouverture à Dieu, à Son amour et à Sa présence. Cette relation personnelle avec Dieu est le fondement et le tremplin de la prière communautaire. La louange a une place essentielle avec des chants venus de toutes les Églises, puis la révélation de l'Amour du Père nous conduit à l'adoration. La prière commune devient alors un torrent de grâce de plus en plus large et profond qui conduit au Trône de la Trinité, accessible grâce au voile déchiré par la mort et la résurrection de Jésus. L’assemblée peut aussi être conduite dans une intercession prophétique où l’on entend d’abord ce que le Seigneur dit pour se laisser conduire dans l’intercession, la guérison et la délivrance. Aujourd’hui, notre prière est enracinée dans les croyants qui nous ont précédés. Dans son étude de 1936 sur la prière en rapport avec le Retour du Seigneur, le pasteur Dallière disait : « En priant, l'homme reçoit le don de communier avec celui qui a dit les Paroles éternelles. De cette prière sortira une action qui concourra à la réalisation des plan divins (...) Tant que Jésus n'est pas revenu, il reste quelque chose à demander au Père. On ne peut pas s'accommoder du monde sans son roi.  Le Notre Père relu à la lumière de la Parousie comme prière de l'Église est le parallèle de la prière de Jésus en Jean 17. La persévérance dans la prière n'est point enseignée comme une sorte de mérite qui obtiendrait enfin l'objet demandé (...) La persévérance dans la prière est le signe de la foi en la vérité du retour du Seigneur. Le retour du Seigneur est un événement de date imprévisible. Mais c'est un événement qui s'annonce, et se prépare dans la prière ; il est précédé de signes certains qui, en un sens, font déjà partie de ce retour même, comme le ministère de Jean-Baptiste faisait partie de la première venue de Jésus. »

I – Jésus vient : la couronne et la croix
« UNION DE PRIERE, TON MESSAGE ET TA PRIERE C’EST LE RETOUR DE JESUS ! »


1/ Rappel de la retraite 2018 :
L'an dernier nous avons médité sur cette espérance dans le domaine ecclésial avec le thème : Discerner ensemble aujourd'hui le mystère de l’Église. Mon étude s'intitulait :  Église sous la croix, Église du retour avec comme capitule ce texte : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera car le Fils de l'homme vient dans la Gloire de son père avec ses anges. » (Matthieu 16, 25-27). Juste avant de dire que celui qui veut être disciple doit porter sa croix, Jésus disait : « Il faut que le Fils de l'homme souffre, meure et ressuscite. » (Matthieu 16-21). C'est dur à dire et à entendre alors qu'il n'y a qu'un verset ! Jésus est sobre. Il prend des précautions : Sa divinité vient d'être affirmée par Pierre et il parle de sa mort ! C'est un scandale, un blasphème, mais c'est le cœur de l'Évangile. D’où ces deux petits mots : « Il faut ».
Daniel Bourguet explique : La fatalité des Grecs et des Latins n'existe pas en hébreu. « Il faut ». Est-ce Satan ? Non, car il va pousser Pierre à s’insurger contre cela. Ce « Il faut » n’est donc rien d’extérieur. C’est la puissance intérieure de l’amour de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, qui conduit Jésus sur ce chemin de mort et de résurrection. Le Père, le Fils et le Saint Esprit ont en eux-mêmes le même amour, la même volonté, le même élan, la même exigence de tout faire pour sauver les hommes. Dieu n’est ni sadique ni masochiste. (Un moine en Egypte m’a dit :« Ce ne sont pas les souffrances ni la mort de Jésus qui nous sauvent ! Pensez-vous que si Jésus avait été rejeté, livré et arrêté de force, s’il avait été flagellé, crucifié et tué contre son gré nous serions sauvés ? Non ! c‘est son amour qui nous sauve ».) L’amour du Fils, identique à celui du Père et de l’Esprit, l’a poussé à l’extrême : donner sa vie pour ses amis. Celui qui aime souffre. Pour les Pères grecs et latins, Dieu ne souffre pas. Qu’en est-il ? Demandez à Dieu s’il souffre ! En Jérémie 14,17, le Seigneur dit à Son prophète : « Tu leur diras cette Parole : MES yeux fondent en larmes, nuit et jour, sans trêve. Un grand désastre a brisé la vierge, mon peuple, un coup meurtrier. » (TOB, Bible du rabbinat ; voir aussi Jérémie 9,16 ; 13,13). La Septante grecque n’a pas supporté que Dieu pleure et a traduit : « Tu leur diras cette Parole : que VOS yeux pleurent. » C’est différent chez Origène qui connaissait l’hébreu. En fait, Dieu pleure, se fatigue, souffre en cherchant Ses enfants perdus même avant l’Incarnation. Ainsi, le psaume 116,15 dit : « Le Seigneur souffre en voyant mourir ses amis fidèles. »
Comme toujours après l’annonce de Sa mort et de Sa résurrection, Jésus explique comment nous pouvons Le suivre. (C’est la suite du texte sur lequel portait mon étude de 2018 : Église sous la croix, Église du retour). Je lis simplement ce texte avant de passer à la suite : Marc 8, 34 à 9,1. ‘Amen’ est toujours le dernier mot ou la réponse dans la Bible Or, Jésus l’emploie au début. Lui seul parmi tous les rabbins. Il prophétise avec autorité la venue du Royaume. Un prophète dirait : « Ainsi parle le Seigneur ». Jésus affirme : « Amen, Je vous le dis. » Il annonce que le Royaume vient avec puissance et c’est la Transfiguration ! Qu’est-ce que ce Royaume pour Jésus ? C’est la puissance de l’Amour de Dieu manifesté en Lui. Certains le verront : Pierre, Jacques et Jean. Ils verront Jésus tel qu’Il n’a jamais cessé d’être au milieu d’eux : Dieu et homme, homme et Dieu en une seule Personne.

2/ La transfiguration
Nous avons lu hier ce texte dans Mathieu ; Luc, comme Mathieu et Marc, en parle, mais en insistant sur la prière de Jésus. En effet, Luc, le seul non-juif, mentionne souvent la prière de Jésus (dix fois) comme lieu de sa rencontre avec le Père parce que LA PRIERE EST L’EXPERIENCE DE DIEU. Ainsi, avant que Pierre reconnaisse Jésus comme Messie et que Jésus précise qu’Il doit mourir, Luc dit : « Or, comme il était en prière à l’écart, les disciples étaient avec Lui… » (Luc 9, 18). Ensuite, il donne les conditions pour Le suivre : « Qui perd sa vie à cause de moi la sauvera… Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. (Luc 9, 23-26).
Je lis dès le verset suivant : Luc 9, 27 à 36.

         a) La Grâce de notre Seigneur Jésus-Christ nous «  prend » :
Vous l’avez entendu, Jésus monte avec Pierre, Jean et Jacques. En grec, le verbe « monter » se dit ANAPHERO, c’est le verbe de Marc et de Matthieu. Dans la Septante et le Nouveau Testament ‘anaphero’ signifie « partir vers le haut ». C’est la démarche spirituelle d’une offrande élevée. Dans les Églises d’Orient, l’Anaphore est le moment central de la Divine Liturgie où l’on porte en haut l’offrande des dons eucharistiques à Dieu. La sainte Cène est une transfiguration liturgique où la grâce de Jésus nous « prend » et nous « élève » (anapherei) sur la haute montagne de l’amour de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, comme Jésus l’a fait pour ses disciples au Thabor. (Suivez bien la liturgie tout à l’heure) « Tenons haut les cœurs. Nous les avons vers le Seigneur… Nous Te rendons grâces, à toi, à ton Fils Unique et à Ton Saint-Esprit, pour tous les bienfaits répandus sur nous, connus de nous ou inconnus, manifestés ou cachés…Nous T’offrons ce qui est à Toi, de ce qui est à Toi, en toutes choses et pour tout. » (Anaphore de la Divine Liturgie). ANAPHORA, c’est aussi un lieu d’accueil magnifique en Égypte, qui élève les femmes égyptiennes abaissées par la charia.
Mais revenons à la transfiguration. Jésus élève Ses disciples sur la montagne, Il les fait monter vers Dieu. Il ne va pas faire un show avec des paillettes. Il va préparer ses disciples à vivre la Passion. La transfiguration vient, en effet, tout de suite après l’annonce de Sa mort de Fils de Dieu pour nous dire que Sa mort n’est pas un échec, c’est la mort de la mort. Il fortifie ses disciples pour la suite en anticipant le mystère pascal unique de Sa mort et de Sa résurrection.
C’est la vision qui sera accordée à Saint Jean : « Je vis au milieu du trône un Agneau debout comme immolé » Apoc. 5,6,12 ; 13,8« Moïse et Elie, apparus en gloire, s’entretenaient avec lui de son exode qui allait s’accomplir à Jérusalem » (Luc, 9, 30-31).
« Pour le Christ, le mystère de la croix est le mystère de sa gloire. Les souffrances épouvantables qu’il a supportées…constituaient le chemin par lequel il devait quitter le monde des futilités éphémères et entrer dans la gloire du Père. Nous aussi, en tout temps et en tout lieu, nous devons emprunter ce chemin de la croix. La croix, avec ses souffrances épouvantables, ne peut se comparer à la gloire qui en est résultée …Si le voile tissé par l’ennemi devant nos yeux devait être enlevé un seul instant, ainsi que la faiblesse de notre âme, nous réaliserions tout de suite que le ‘ léger poids’ de cette croix avec ‘notre souffrance d’un moment, préparent pour nous’ en réalité au ciel, par l’opération du Saint-Esprit,‘ une masse éternelle de gloire’ ( 2 Cor. 4,17). La Vie éternelle, resplendissante de gloire, est là dans le mystère de la petite croix que le Seigneur a mise sur nos épaules. » (Matta El-Maskîne, La communion d’Amour, p.164-5, 162).

Si nous voulons bien l’accepter, ce récit de la glorieuse transfiguration de son Fils unique est la réponse de Père à la question que nous nous posons pendant cette retraite : Jésus vient, comment je tiens seul, en famille, en communauté ? Pourquoi ? D’abord à cause de ce lien entre Jésus et nous (Il nous prend avec Lui), ensuite du lien entre la souffrance et la gloire révélé au Thabor. Enfin, parce que ce mystère ne peut nous être révélé que dans la prière : Enracinés dans la prière afin de demeurer en Jésus qui vient.
Ainsi, après avoir prié puis annoncé à Ses disciples Sa passion et les conditions pour le suivre, Jésus anticipe la Parousie. Les trois évangélistes disent : Il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère, et les emmène à l’écart sur une haute montagne. Nous, héritiers de Louis Dallière, Isaac Homel, Irénée de Lyon et Jean, témoin de la Transfiguration, Jésus nous prend nous aussi avec Lui et nous a emmenés à l’écart pendant cette retraite, même si ce n’est pas sur une haute montagne. L’évangéliste Luc précise que le but de Jésus, en les emmenant à l’écart, c’est de les associer à un temps de prière sur la montagne : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea et son vêtement devint d’une blancheur éclatante. »

           b)  Prier avec Jésus pour voir Sa Venue en gloire                         
Nous sommes bien là où il faut ; c’est en priant avec Jésus, la prière de Jésus et la prière à Jésus que nous tiendrons seul, en famille, en communauté, en vue de Son retour. Nous demeurons en Lui et Il demeure en nous. Comment vivrions-nous sans la Transfiguration de Jésus ? La Transfiguration n’est pas un événement marginal dans les évangiles. L’ Eglise orthodoxe et les Eglises orientales nous ont fait découvrir que c’est le centre de notre salut, la clé et le but ultime de la vie chrétienne. En effet, la Transfiguration révèle en Jésus, vrai Dieu et vrai homme, le Royaume de Dieu qui sera définitivement établi à la Parousie qui est l’accomplissement suprême du dessein que Dieu a commencé en créant l’univers. Le but de l’existence humaine est l’union à Dieu ; il n’existe pas de plus grand bonheur pour une créature que de réaliser ce pour quoi elle a été créée : l’union avec le Créateur. Jésus vient de dire à Ses disciples : « Celui qui perdra sa vie à cause de Moi la sauvera…Car le Fils de l’Homme vient dans la gloire de son Père, avec les saints anges …Certains vont voir le royaume de Dieu venir avec puissance ». (Mc 8,35 ...). Maintenant, joignant le geste à la parole, Il les emmène prier sur la montagne afin de leur montrer ces choses en Sa divino-humanité plus resplendissante que le soleil, d’une blancheur éclatante, déjà ‘dans la gloire de son Père’, comme tous le verront à la Parousie.
Il vient de leur dire qu’avant Sa mort et la leur, ils verront le Royaume de Dieu. Et c’est ce qu’Il leur révèle tout de suite après, à la Transfiguration. Il ouvre le ciel afin qu’ils puissent voir de leurs yeux ce qu’est la fondation et l’avenir du monde : le Royaume des Cieux. SA GLOIRE. CE QUI VIENT ! Et ils expérimentent dans cette vie fragile, vulnérable et passagère ce qui demeure inébranlable. Cette gloire est notre avenir commun, infiniment plus grand et plus beau que l’univers. Jésus est notre avenir, rayonnant comme le soleil, et d’une blancheur éclatante. C’est la splendeur irradiante de la création originelle et celle du monde à venir.  Il révèle Ce qu’Il a toujours été, Dieu et homme, sans mélange ni séparation et Il révèle, en même temps, l’union à venir de l ’Incréé avec le créé. « Maxime le Confesseur explique :’ Cette union des deux natures, divine et humaine, a été déterminée dans le Conseil éternel de Dieu, parce que c’est la fin dernière pour laquelle le monde a été créé du néant. Le Fils de Dieu fut l’Agneau immolé avant la fondation du monde, dans la volonté préexistante de la Trinité. Le mystère de l’incarnation et de la Croix contient en soi le sens caché de toute la création sensible et intelligible. Mais, celui qui pénètre encore plus loin et se trouve initié au mystère de la Résurrection, apprend la fin pour laquelle Dieu a créé toutes ces choses au commencement.’ » ( 1° Centurie § 66). Jésus révèle à la fois Sa Divinité éternelle et la Gloire du monde à venir… en priant. C’est la puissance de la prière : celle de Jésus, mais aussi la nôtre, en Lui.
On peut juger de la puissance de la prière, même pécheresse, sortant d’un cœur sincère, par l’exemple suivant rapporté par les Pères de l’Église : une malheureuse mère qui venait de perdre son fils unique ,rencontra une courtisane, qui,  touchée par son désespoir maternel, osa crier vers le Seigneur, toute souillée qu’elle était encore par son péché : « Non à cause de moi, horrible pécheresse, mais à cause des larmes de cette mère pleurant son fils tout en croyant fermement en Ta miséricorde et en Ta Toute-Puissance, ressuscites-le, Seigneur ! » Et le Seigneur le ressuscita. Telle est la puissance de la prière suscitée par l’Amour du Christ.
Le Fils bien aimé du Père, plein de grâce et de vérité, vient rayonner sur nos visages. Il ouvre un instant les yeux de Ses disciples afin qu’ils soient fortifiés et prêts à ce qui va se passer. Le Roi du Royaume Se révèle à la Transfiguration. Merveilleux. Puissant. Incroyable. Magnifique. Comment ? PAR LA PRIERE. L’Évangile de Luc insiste : Jésus prit avec Lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. PENDANT QU’IL PRIAIT, l’aspect de son visage changea.
L’Évangile nous révèle ainsi comment la Transfiguration a lieu : Pendant qu’Il priait. Jésus nous enseigne là quelque chose de fondamental. Vous voulez le retour de Jésus, vous cherchez le Royaume de Dieu, vous avez soif de cette gloire. Soyez assurés que cela vient par la prière avec Jésus. C’est par la prière que Jésus revient, en montrant la Gloire de Sa divino- humanité, non seulement Son visage, mais jusqu’au bas de Son vêtement, Il montre que notre humanité tout entière sera transfigurée, divinisée, par pure grâce. Le secret, c’est Sa prière. Ce que le Seigneur a fait vivre à Ses disciples, Il veut nous le faire vivre.
D’ailleurs, la Transfiguration a été vécue par plusieurs croyants au cours des siècles.

      c) Le miracle de la Transfiguration continue : Par souci d’objectivité, je ne prends pas un exemple récent et je le résume.
Au 19° siècle, St Séraphim de Sarov dit à Motovilov :
- Mon ami, nous sommes tous deux en ce moment dans l’Esprit de Dieu… pourquoi ne voulez-vous pas me regarder ?
- Je ne peux pas vous regarder, mon Père, répondis-je, vos yeux projettent des éclairs ; votre visage est devenu plus éblouissant que le soleil et j’ai mal aux yeux en vous regardant.
- Ne craignez rien, dit-il, en ce moment vous êtes devenu aussi clair que moi. Vous êtes aussi à présent dans la plénitude de l’Esprit de Dieu ; autrement vous ne pourriez pas me voir tel que vous me voyez. (…)
Encouragé par ces paroles, je regardai et fus saisi d’une frayeur pieuse. Imaginez au milieu du soleil, dans l’éclat de ses rayons éblouissants de midi, la face de l’homme qui vous parle. Vous voyez le mouvement de ses lèvres, l’expression changeante de ses yeux, vous entendez sa voix, vous sentez ses mains qui vous tiennent par les épaules, mais vous ne voyez ni ces mains,, ni le corps de votre interlocuteur, - rien que la lumière resplendissante qui se propage loin, à quelques toises alentour, éclairant par son éclat le pré couvert de neige et les flocons blancs qui ne cessent de tomber…
Et le père Séraphin continua :
- … Si les prémices de la joie future remplissent notre âme d’une telle douceur, d’une telle allégresse, que dirons-nous de la joie qui attend, dans le Royaume céleste tous ceux qui pleurent ici, sur la terre ? Vous aussi, mon ami vous avez assez pleuré au cours de votre vie terrestre, mais voyez la joie que le Seigneur vous envoie pour vous consoler ici-bas. (…) Cette joie que nous ressentons en ce moment, partielle et brève, apparaîtra dans toute sa plénitude, en comblant notre être de délices ineffables que personne ne pourra nous ravir. (Trad. V. Lossky, Théologie mystique, pp.225-227)

       d) Prière des abîmes vers le haut et vers l’avenir :
Jacques, qui était sur la montagne, dit que la prière fervente du juste a une grande efficacité (Jacques 5, 16) et il donne l’exemple d’Élie dont la prière arrêta, puis fit tomber la pluie (Jacques 5, 17-18). Le combat d’Élie dans la prière sur la montagne est décrit en 1 Rois 18, 41-45. Élie était, lui aussi à la Transfiguration, mais Jacques dit : « Élie était un homme soumis aux mêmes infirmités que nous. » Cela implique pour nous la même nécessité de prier. De même, Moïse qui était aussi à la Transfiguration, a prié quarante jours sur la montagne pour recevoir les dix paroles et voir la Gloire de Dieu.
La prière fervente de Jésus a une grande efficacité. IL FAIT VENIR LE ROYAUME DU PERE A LA TRANSFIGURATION.
Un pasteur disait : « Il faut profiter de remercier Dieu pour la vie dans les circonstances défavorables tant que Jésus n’est pas revenu, parce qu’après ce sera trop tard, il n’y aura plus de circonstances défavorables !
C’est bien ce à quoi Paul nous invite : « Rendez continuellement grâces pour toutes choses à Dieu, le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ». (Éphésiens 5,20).
Maintenant, se pose la question : « Comment faire concrètement, dans notre vie, pour continuellement rendre grâces à Dieu pour toutes choses ? » Voici la réponse que donne l’Archimandrite Sophrony – disciple de Saint Silouane – à cette question : « On ne peut rendre continuellement grâces à Dieu en toutes choses qu’en maintenant notre esprit en enfer, sans désespérer… ». Cela rejoint ce que nous avons vu du lien indissoluble entre la souffrance et la gloire. (Rom. 8, 18 aussi). Nous pourrions peut-être essayer pour voir si ça marche.
« Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » (Romains 8,28)
Tout, dans la Transfiguration, préfigure le Mystère de l’Avènement en Gloire de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est comme en jetant un coup d’œil par le hublot d’un avion ; nous voyons la terre, les plaines, les montagnes, les mers, les fleuves et les villes ; de même, sur la montagne, les apôtres virent, autant qu’ils le pouvaient, le Royaume des Cieux à venir.
« Voyant le ciel roulé, le soleil et la lune éteints, la terre secouée et les tombeaux ouverts, les anges et les archanges sonnant de la trompette, les trônes, le fleuve de feu et les livres ouverts, les disciples frémirent de cette vision, et ne pouvant la supporter, comme le dit Matthieu 17,6, ils tombèrent la face contre terre en entendant la voix du Père. La nature corruptible de leur corps ne pouvait contempler l’incorruptibilité et l’immortalité. Et Matthieu ajoute qu’en descendant de la montagne Jésus leur ordonna de ne raconter à personne cette vision jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts (Mathieu 17,9).
Qu’y a-t-il en effet de plus grand et de plus terrible que de voir Dieu dans la forme d’un homme, le visage resplendissant ; comme pour leur dire : « Vous voyez mon visage rayonnant plus que le soleil et dardant ses rayons de façon ininterrompue, c’est ainsi que les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père (Mathieu 13,43). Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du ciel et ceux qui auront enseigné la justice à la multitude brilleront comme les étoiles, à toujours et à perpétuité.  (Daniel 2,3) » C’est ainsi que les croyants seront glorifiés. Ils seront transfigurés comme Moi, transformés en cette gloire brillante comme la splendeur du ciel. Ils seront métamorphosés en cette forme, en cette image, cette empreinte, cette lumière, cette béatitude et ils siégeront avec Moi, le Fils de Dieu, brillants comme les étoiles à toujours et à perpétuité. » (Anastase le Sinaïte, cité par D. Bourguet, Mt. p.133)
« Tu t’es transfiguré sur la montagne, ô Christ-Dieu, montrant ta gloire à tes disciples, autant qu’il leur était possible de la voir. Ô Sauveur, Tu as manifesté le changement d’état qui s’opérerait en l’homme par ta gloire, lors de ton second et redoutable avènement…Les trois disciples que Tu avais choisis, Seigneur, furent ravis hors d’eux-mêmes devant ta splendeur. O Toi qui fis briller sur eux ta lumière, illumine nos âmes. » (Liturgie orthodoxe de la Transfiguration, Les 12 grandes fêtes, Parole et Silence, 2017)

II – Les bonnes racines de la prière :
Les trois chapitres suivants résument l’étude de J. Jeremias, Théologie du Nouveau Testament I, p.232 – 254. (Voir aussi Cahiers Evangile 68, Prières juives)

1/ La prière quotidienne dans la vie du peuple d’Israël
Durant son enfance et son adolescence, Jésus participe au culte de la synagogue dont l’élément essentiel est la bénédiction, prière enracinée s’il en est. Jésus est issu d’un peuple qui savait prier alors que le monde hellénistique se moque de la prière (comédies) ou la considère comme inutile (stoïciens). Dans le judaïsme, au contraire, les hommes sont formés à la prière dès leur enfance. D’abord la Téphillah signifiant « jugement » prier c’est se juger. La prière serait donc en premier lieu un examen de conscience. L’homme retrouve sa réelle dimension vulnérable, il crée le vide nécessaire à la manifestation de la dimension divine. Le deuxième mot, c’est Bera, traduit maladroitement par « bénédiction ».  Il relève du vocabulaire du jardinage. Cela désigne une bouture qui consiste à faire deux plantes à partir d’une. C’est la notion de démultiplication, d’agrandissement de la Bénédiction.
Quand je mange du pain, par exemple, j’accomplis un acte nécessaire à la survie de mon corps. Quand je récite une bénédiction pour me rappeler les prodiges extraordinaires du Créateur qui faut sortir le pain de la terre, j’agrandis l’acte trivial de manger, je le double d’une signification hautement spirituelle et au passage je nourris également mon esprit et mon âme.
Au fond, la prière c’est le travail du cœur. De même que l’homme travaille la terre pour en tirer la nourriture et en nourrir son corps, de même, par le travail de la prière, nous nourrissons notre esprit.  L’idée du travail induit aussi la participation de tout mon être, de ma pensée, de mon affect et de mon corps, parfois le balancement du corps pendant la prière. En d’autres termes, la prière n’est pas une méditation éthérée, purement spirituelle, mais un réel travail sur soi. Ce que l’homme, dans la limite de ses moyens peut faire en priant, c’est augmenter, si l’on ose dire, la « charge » religieuse de l’univers, sanctifier la totalité du monde. La prière juive consiste donc à renforcer l’action de Dieu sur l’univers, et non pas, comme des prières plus récentes, à l’infléchir dans le sens des besoins humains. C’est la clé qui détermine les rapports entre l’univers et l’homme. L’essentiel, donc, est de prier, l’essentiel est de bénir. Nous lisons dans le Talmud : « II est écrit : ‘ A l’Éternel appartient la terre, avec tout ce qu’elle renferme, l’univers avec ses habitants (Psaume 24,1) ‘. Ainsi, celui qui jouit de quoi que ce soit en ce monde avant d’avoir fait une prière commet une prévarication. »
Les bénédictions s’échelonnent tout au long de la journée. Donnons-en quelques exemples.
Comme tout juif, Jésus, à son réveil bénit Dieu pour lui avoir rendu la conscience de ses pensées et de ses actes. Les premiers gestes, à peine lucide encore, qu’il effectue au moment où ils se réveille, sont également l’objet de bénédictions. Quand il ouvre les yeux : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui ouvres les yeux des aveugles. » Quand il se lève en s’étirant : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui délivres ceux qui sont liés. » Lorsqu’il se met debout : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui élèves ceux qui sont courbés. » Lorsqu’il se tient sur le sol : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui as étendu la terre au-dessus des eaux. » Aux premiers pas qu’il fait : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui as affermi les pas de l’homme. ».  Et en s’habillant : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui vêts ceux qui sont nus. » Lorsqu’il met ses sandales : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui as paré à tous nos besoins. » En s’entourant de sa ceinture : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui as ceint Israël de puissance. » En mettant un couvre-chef : : « Bénis sois tu, Éternel notre Dieu, roi de l’Univers, qui as couronné Israël de gloire. »
La prière de bénédiction proclame les fondements de la foi juive : l’infinie grandeur du Créateur en même temps que sa proximité de chaque créature humaine. Ainsi, au réveil, chacun retrouve son âme : « Mon Dieu, l’âme que Tu as mise en moi est pure. C’est Toi qui l’as créée, c’est Toi qui l’as insufflée en moi… ». En voyant un spectacle grandiose de la nature : éclairs, montagnes, cataracte… : « Sois béni, Eternel notre Dieu, roi du monde, créateur de l’œuvre du Commencement. »

La base de la prière d’Israël, à côté du sabbat, est constituée par deux observances essentielles :
             a / Le Shema’ du matin et du soir
C’est une confession de foi qu’on appelle le Shema parce qu’elle commence par un mot qui signifie « écoute ». C’est une phrase que l’ensemble du judaïsme contemporain de Jésus tenait pour sa confession de foi fondamentale : Écoute, Israël, LE SEIGNEUR, notre Dieu, est l’unique SEIGNEUR (Deutéronome 6,4). (Pas d’autre Dieu qu’Adonaï).
Vient ensuite le commandement divin : Tu aimeras LE SEIGNEUR, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces paroles que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur, et tu les enseigneras à tes fils et tu en parleras que tu sois assis dans ta maison ou que tu sois en chemin, que tu te couches ou que tu te lèves. (Deutéronome 6,5-7)
Tout juif commence et termine chacune de ses journées par cette confession du Dieu unique.   La récitation du Shema deux fois par jour était considérée comme le minimum de la pratique religieuse ; qui se dérobait à cette coutume se retranchait de la communauté.


              b / Les trois « heures » de la prière
Daniel avait, dans sa chambre haute, des fenêtres s’ouvrant vers Jérusalem, et trois fois par jour il se mettait à genoux, il priait et louait Dieu le matin, l’après-midi et le soir. Au premier siècle, tandis que le peuple, dans la ville sainte, affluait au Temple pour assister au sacrifice du soir (Actes 3,1), à la même heure, en dehors de Jérusalem, on s’unissait par la prière, à la communauté rassemblée dans le Temple. La récitation du Shema n’est pas une prière, c’est une profession de foi encadrée de bénédictions. Au contraire, les trois heures étaient les moments où l’on priait. On disait chaque fois la Tephillah, la « prière », tout simplement, la grande bénédiction, la prière hymnique formée de dix-huit bénédictions ; seuls les homes libres étaient obligés à la récitation du Shema’, alors que pour la Tephillah, tous y étaient tenus.
Ce sont les pharisiens qui, déjà au temps de Daniel, étendirent à l’année tout entière cette habitude de prier trois fois par jour. Dès l’époque du Nouveau Testament (Actes 3,1) l’usage des trois temps de prière s’était généralement imposé. Au lever du soleil, l’après-midi à 15 heures, au coucher du soleil, telles étaient donc, à l’époque du Nouveau Testament, les trois heures de la prière quotidienne chez le peuple juif. Le matin et le soir, on récitait aussi le Shema’, l’après-midi on ne disait que la Tephillah. Pour Israël, ces trois temps de prière constituaient à la fois un trésor précieux et un enracinement quotidien.

2/ La prière quotidienne dans la vie de Jésus
Les synoptiques nous rapportent trois cris à la crucifixion et deux prières de Jésus : le cri de jubilation de Mathieu 11,25-26 et la prière à Gethsémani (Marc 14,36). L’évangile de Jean nous en fournit trois autres : la résurrection de Lazare, l’esplanade du Temple et la prière sacerdotale (Jean 17). A cela s’ajoutent des notations générales de la prière de Jésus dans la solitude (Marc 1,35 ; 6,46 ; Mathieu 14,23 et surtout, comme nous l’avons vu, Luc 3,21 ; 5,16 ; 6,12 ; 9 ; 18, 28-29 Jésus dit qu’Il a prié pour Pierre, et surtout Il a donné le Notre Père.
Jésus appartenait à une famille pieuse (Luc 2, 1-52 ; 4,16). Les trois heures de la prière l’accompagnaient chaque jour ainsi que son assistance à la synagogue le jour du sabbat (Luc 4,16 ajoute à ce propos les mots « selon sa coutume »). Prière du matin : Marc 1,35. Prière du soir : Marc 6,46. Prière du soir au matin : Luc 6,12.


              a / Le Shema’ Israël
La troisième heure de la prière, l’après-midi, lui était familière selon Luc 18, 9-14 et surtout Mathieu 6,5. Jésus pratiquait la Tephillah de l’après-midi car en Marc12,26 et Mathieu 11,25, il nomme Dieu : le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob comme Seigneur du Ciel et de la terre. C’est la première bénédiction de la Tephillah qui remonte à l’époque où le Temple existait encore. Ces deux appellations de Dieu par Jésus dans la première bénédiction de la Tephillah sont exceptionnelles.


               b / Les trois temps de prière
Cette coutume était solidement enracinée dans l’Église primitive (Actes 3,1) car Jésus l’avait pratiquée. Cela ne fait donc aucun doute, Jésus priait le matin au lever du soleil, l’après-midi et au moment de l’offrande du soir. C’est dans la prière qu’Il prenait sa force chaque jour. C’est seulement quand on a saisi l’attachement de Jésus à ces trois temps de prière quotidienne qu’on découvre dans un deuxième temps à quel point sa prière fait éclater les usages. En effet, Jésus ne se contente pas de ces trois temps. En Marc 1,35, Jésus va prier quand il fait encore nuit et ses disciples se mettent ensuite à sa recherche tellement il s’est attardé. En Marc 6,46 il va prier le soir et ses disciples ne le recherchent qu’entre trois et six heures du matin (Marc 6,48). Luc 6,12 : « Il s’en alla sur une montagne pour prier et passa la nuit entière à prier Dieu. » Luc, qui n’a pas connu Jésus, parle souvent de la prière de Jésus parce que tout le monde se souvenait de ses nuits de prière.
Il est donc clair que Jésus est l’héritier de la tradition liturgique d’Israël et qu’il est en même temps totalement libre envers les usages.
En effet, si le Shema’ et la Tephillah sont en hébreu, le Notre Père est en araméen comme le Qaddish qui termine la liturgie synagogale. Araméenne aussi, l’invocation Abba qui porte la marque personnelle de Jésus et son cri sur la croix qui est une citation du psaume 22,2 en araméen : « Eloï, Eloï, lema sabactani » et non « Eli, Eli lama azartani » en hébreu.
Non seulement Jésus utilise sa langue maternelle dans sa prière intime, mais il transmet à ses disciples la prière du Notre Père dans le langage commun (araméen).

3/ La prière quotidienne dans la vie des chrétiens
Les deux premières demandes du Notre Père : « Que Ton nom soit sanctifié, que Ton règne vienne » viennent du Qaddish, une ancienne prière araméenne qui concluait le service de la synagogue et qui était familière à Jésus dès Son enfance. Nous avons le Qaddish à la page 18 de notre livret de prière.
Ces deux demandes du Qaddish et du Notre Père visent la révélation du Règne de Dieu à la fin des temps. Toute intronisation d’un monarque terrestre s’accompagne d’hommages particuliers : il en sera bien ainsi de l’avènement du Seigneur. On l’accueillera et on lui rendra hommage en sanctifiant son Nom « Apocalypse 4,2-6, 8 ». Et puis tout l’univers se jettera aux pieds du Roi des rois. (Apocalypse 4, 9-11 et 11, 15-16).


Ces deux demandes, NOM SANCTIFIE ET REGNE VIENNE, (aux-quelles Mathieu en ajoute une autre qui revient au même pour le fond : « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel »), appellent donc l’achèvement définitif, commencé par la résurrection du Christ. Cette prière signifie donc, lorsque nous la disons à Père par la foi, qu’ayant été ensevelis avec Christ par le baptême en Sa mort, nous marchons en nouveauté de vie, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire de Père (Romains 6,4). Dire à Père : « Que Ton nom soit sanctifié » c’est croire « qu’étant morts avec Christ, nous vivrons aussi avec lui » (Romains 6,8), que nous ne nous mettons plus au service du péché comme instruments du mal mais que nous nous donnons à Dieu comme étant vivants de morts que nous étions et que nous nous sanctifions par l’Esprit qui habite en nous .En effet, nos corps sont le temple du Saint Esprit (Romains 6,13 ; 1 Corinthiens 6,19). L’heure est en train de venir où le Nom profané et blasphémé de Dieu sera glorifié.
Son règne est en train de venir, alors, après avoir livré nos membres comme esclaves à l’impureté et à l’iniquité, maintenant, par le Notre Père, nous livrons nos membres comme esclaves à la justice pour arriver à la sainteté (Romains 6,19). Le règne de Père se révélera tel qu’il était promis. « Je sanctifierai mon grand Nom qui a été profané parmi les nations et que vous avez profané parmi elles. Et les nations sauront que je suis le Seigneur – oracle du Seigneur l’Eternel – quand je ferai éclater ma sainteté à votre sujet sous leurs yeux. (Ezéchiel 36,23)
Cette promesse signifie très concrètement que maintenant, nous allons vouloir ce que Dieu veut, après ne l’avoir pas voulu pendant des années. Maintenant nous allons servir la justice, comme auparavant nous avons servi l’injustice. Oui, le Nom de Père peut être sanctifié sur cette terre, Son règne vient, Sa volonté peut se manifester concrètement au travers de nos vies.  Grâce à cette prière enracinée, que ce soit seul, en famille ou en communauté, je tiens bon parce que Jésus vient et pour que Jésus vienne. En effet, si je tiens bon seul, en famille ou en communauté ce n’est pas seulement pour moi, pour ma famille ou pour ma communauté, mais pour que Jésus vienne. Cela, c’est la prière qui me le promet. La prière de demande dans la Bible n’a pas pour seul but la satisfaction de mes besoins mais le Règne, la puissance et la Gloire de Dieu. Si je demande à Dieu ceci ou cela pour moi, ma famille ou ma communauté c’est pour la Gloire de Dieu. Il s’agit de s’aimer soi-même pour Dieu et pour les autres, et pas pour soi-même. Pour cela, il faut être enraciné dans la prière des dix-huit bénédictions (Amida).

4/ La prière des dix-huit bénédictions (Lecture commune) :
Ce paragraphe est un résumé et une adaptation d’une étude des rabbins Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz : « L’homme debout ».
A côté du Shema (troisième partie du rituel quotidien), il y a l’Amida, la prière proprement dite…
Amida signifie en hébreu « être debout ». C’est la position adoptée par le fidèle qui a le sentiment d’être face à Dieu, d’avoir une audience auprès Lui. Pour cela, il y a un protocole, à l’image des cours royales du 17-18°s.
Au début, on fait trois pas en avant puis on se prosterne (on se plie en deux) et, comme dans toute audience royale, en prenant congé, je ne me retourne pas mais je marche à reculons. L’attitude protocolaire de « l’homme debout » est, dans la Bible, la posture du serviteur. Se tenir devant c’est être au service de quelqu’un, comme les anges, Abraham ou les prophètes. (Zacharie : « ceux qui se tiennent debout » ; « Abraham encore debout devant l’Eternel » ; « Par le Dieu vivant, devant lequel je me tiens debout. »)
En me tenant debout devant Dieu, je proclame que j’ai une demande à Lui faire mais surtout que je fais partie de son entourage, à savoir la famille d’En-Haut. Ainsi, dans l’Amida, je me suis glissé subrepticement, le temps d’une prière, parmi les anges. Je fais maintenant partie de la « famille ». Je suis membre de la cour céleste. Cela crée ‘naturellement’ une certaine intimité et m’autorise à dire au Roi : « Regarde, j’ai des ennuis, il m’arrive aussi de bonnes choses, je T’en remercie. Je voudrais ceci ou cela. Surtout, je fais partie de TES GENS à cause d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » C’est la première bénédiction de l’Amida qui continue ainsi : « …Tu te souviens des grâces et des prières ; fais venir un sauveur pour les enfants de leurs enfants. » Les enfants, c’est Isaac, c’est le Fils. Les « enfants des enfants » c’est Jacob. Jacob, c’est Israël. Les Juifs sont bien « les enfants des enfants ». Josy Eisenberg disait : « On pourrait dire : face à la Trinité chrétienne – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – il y a la trilogie juive : le Père, le fils et les petits-enfants. Ce parallélisme est frappant car les petits-enfants - le peuple juif – sont souvent appelés ‘la communauté des Saints’, dans le livre de Daniel. C’est l’Esprit Saint, mais incarné dans un peuple. »
La deuxième partie de l’Amida qui commence avec la dixième bénédiction (l’attente du retour à Sion) est consacrée aux espérances collectives du peuple juif.
Quinzième bénédiction : la vision juive du salut et de l’eschatologie ne parle pas du trône de David mais du Germe de David. Zacharie 3,8 ; Jérémie 33,15 ; Zacharie 6,12 ; Esaïe 11,1 décrivent la bonne racine. Le règne de David s’est interrompu mais il n’est pas achevé. David reste le roi légitime et un jour, la légitimité reprendra ses droits, sous les traits d’un nouveau David. Donc, selon Esaïe 11,1, la souche existe quelque part, enfouie dans la terre et un jour elle sortira et germera. L’image du germe enfoui dans le sol, de la graine qui porte en puissance la délivrance ou de la fleur du salut, caractérise toute l’espérance juive. Quoi qu’il arrive, dit Esaïe, la souche subsiste : Esaïe 6,13. Le salut est caché, souterrain, mais il est indestructible ; comme le chêne, la germination se fait lentement mais sûrement. Il se lève lentement comme l’aurore.  Lorsque les Juifs demandent à Dieu de faire « germer » la semence de David, ils souhaitent l’accélération de l’histoire en vue du salut.
Attendre et espérer sont les conditions du salut. Dans la vie, il y a certaines choses dont je dois ressentir le manque si je veux qu’elles se produisent. Le germe de David existe, encore faut-il l’arroser !
16° et 17° : l’Amida est à la fois très abstraite : « Ecoute mes prières, agrée-les », et très concrète : « Ramène ta présence à Sion. » Sion est un lieu précis de ce monde concret au sein duquel nous vivons. Nous sommes des êtres amphibies vivant à la fois dans la matière et dans l’esprit, et nous nous sentirions mal s’il nous fallait vivre dans un seul élément !
La prière constitue précisément un pont entre les deux mondes car l’homme est une « interface » entre la matière et l’esprit. Les 16° et 17° bénédictions culminent dans cette affirmation : « Loué sois tu, Eternel, qui ramènes sa présence à Sion. »
La 14° bénédiction prie pour que Dieu reconstruise Jérusalem. Cela signifie : « Seigneur, remets le monde à sa place. ». C’est comme remettre des piles ou un chargeur pour que notre ordinateur ou notre montre recommence à fonctionner. Encore faut-il mettre le chargeur dans une prise, sinon le courant ne passe pas ! Le câble est en exil. Le retour d’Israël, c’est brancher le fil où il faut. Revenir à Sion n’est pas un problème de lieu, mais de branchement. Quand le branchement sera refait, le monde sera remis à sa place. Le monde a perdu son âme.
Depuis le rêve de Jacob jusqu’à aujourd’hui, le monde a toujours été entre terre et ciel, Jérusalem d’en haut et d‘en bas. Le sublime y rencontre souvent le trivial. D’un côté, les gens crachent par terre et de l’autre, on vit en permanence dans un rêve. L’Eternel ramène sa présence à Sion. Le verbe « ramener » renvoie à la résurrection des morts.
La prière du matin remercie Dieu qui ramène les âmes aux corps morts. C’est comme le retour de la Présence à Sion. La foi, ce n’est pas une âme pure mais la résurrection dans un corps. Il ne s’agit pas de retour à Jérusalem mais de retour à Sion. A la limite, le sionisme en tant que mouvement politique peut mourir mais le sionisme a une dimension messianique. C’est-à-dire que lorsque les Juifs seront revenus à Sion, le monde entier retrouvera sa sérénité. La batterie sera en charge dans la prise de courant !

                                        ANNEXE : L’ACTION DE GRÂCES
Je n’éprouve un sentiment de gratitude que lorsque je considère que ce que j’ai reçu constitue véritablement un cadeau. Je Te remercie d’être en vie. De m’avoir donné la vie. Le fait de dire « je Te remercie » n’implique aucun engagement à quelque action que ce soit. Je ne promets rien. Je reconnais simplement les faits, ce qui est extrêmement important car il faut parvenir à les formuler, et cela s’apprend. « Merci pour nos vies qui Te sont livrées, et nos âmes qui Te sont confiées en dépôt. » Les deux dons de l’existence physique et de la vie spirituelle présupposent tous les autres dons. Le terme de « dépôt » vient de l’idée que chaque nuit, l’âme est censée retourner à Dieu durant notre sommeil, puis nous est restituée au petit matin. Au réveil, les juifs religieux disent en effet : « Je Te suis reconnaissant, ô Toi éternellement vivant, de m’avoir rendu mon âme, avec amour : grande est ta fidélité. »(bénédiction du matin)


Il n’y a rien de plus naturel que de se réveiller et de constater que l’on est toujours en vie. Pourquoi ne devrais-je pas être vivant ? Pourquoi remercier Dieu d’être en vie ? C’est qu’en réalité, nous ne ressentons la vie comme un don que dans des circonstances exceptionnelles. Un homme qui est le seul survivant d’un tremblement de terre s’exclamera : « Je Te remercie, Dieu » sans avoir besoin d’un livre de prières. Tout comme une personne qui se réveille après une opération.
Mais ce sentiment de gratitude est souvent occulté, il se dissout dans l’habitude et le quotidien. C’est pourquoi l’Amida demande aux Juifs de manifester leur gratitude trois fois par jour. Cela revient à dire : Vivre, cela ne va pas de soi…D’où le commandement étrange que nous ordonne Celui qui nous a, pourtant, donné la vie : « Choisis la vie afin que tu vives » (Deut. 30, 19). Il s’agit de choisir la Vie de la vie, Dieu. « Ta bonté vaut mieux que la vie » (Ps. 63, 4)
Charles Péguy disait : « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme perverse, c’est d’avoir une âme habituée. » C’est pourquoi l’Amida parle des « miracles » du quotidien : « nous TE sommes reconnaissants et nous raconterons ta louange… pour Tes miracles quotidiens. Pour toutes Tes merveilles. Pour Tes bontés de tous les jours, matin, midi et soir. » (18° bénédiction)
D’autre part, un psaume de gratitude est récité à chaque chabbat : « Il est beau de louer l’Eternel et de célébrer Ton nom, ô Très-Haut ! D’annoncer le matin Ta bonté, et Ta fidélité pendant les nuits… Tu me réjouis par Tes œuvres, ô Eternel ! Et je chante avec allégresse l’ouvrage de Tes mains. Que Tes œuvres sont grandes, ô Eternel ! Que Tes pensées sont profondes ! » (Psaume 92, 2-6). Avec la récitation de l’Amida, les Juifs ont trois prières quotidiennes pour remercier Dieu pour Ses « miracles, matin, midi et soir ».


La reconnaissance m’apprend à regarder ce qu’il y a de prodigieux dans la vie, et que j’oublie de prendre en compte. Dans la prière du matin, nous énumérons toutes ces merveilles : je me réveille, j’ouvre les yeux, je vois, je marche, mon corps fonctionne. Mais à cause de la routine, nous ne ressentons plus ces choses comme des merveilles. On s’habitue bien plus vite aux bonnes choses qu’aux mauvaises. Je n’ai peut-être pas envie de dire merci à Dieu, mais je lui dis quand même : « Merci de me permettre de me lever, de tenir debout, d’avoir un cœur, des poumons, des reins, un cerveau, une circulation du sang qui fonctionnent, de pouvoir me laver, marcher, me déplacer, travailler, rire et chanter », depuis que j’ai été cloué six mois sur un lit d’hôpital. La première fois que je me suis levé pour obéir à contre-cœur à un infirmier, je n’étais pas très content. C’est dur de perdre son autonomie, puis, après, c’est dur de la retrouver ! Pourtant, après quelques jours, j’étais reconnaissant de pouvoir marcher dans les couloirs, surtout lorsque la potence m’a été enlevée. Là, grâce à Esaïe 60,1, j’ai compris que j’’attendais la lumière pour me lever, mais Dieu dit : « LEVE-TOI, BRILLE, CAR ELLE ARRIVE TA LUMIERE ». Je dois me lever par la foi sans la lumière, mais lorsque je le fais, les ténèbres disparaissent. J’ai découvert cette même inversion des priorités, suscitée par la foi nue, en Eph. 5,13 : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. » t Je comprends un peu mieux maintenant le sens de cette bénédiction qui remercie Dieu pour les « miracles qu’Il accomplit jour après jour ».
On ne mesure, en effet, l’importance de la santé que lorsqu’on l’a perdue. Tant qu’on a la santé, tout paraît naturel. La Bible parle sans cesse de miracles et de prodiges à propos des événements surnaturels de la mer Rouge ou de Jéricho. Mais là, c’est le quotidien qui est miraculeux. Un physicien a dit que le nombre de fonctions nécessaires pour rester en vie était incalculable. Des dizaines de muscles sont nécessaires pour un seul sourire. Mais cela n’est pas un miracle pour l’homme qui rit - sauf lorsque son bébé lui sourit pour la première fois ! Être reconnaissant dans la prière, c’est être étonné. Sans étonnement, la créativité disparaît et on ne peut rien accomplir. « L’homme que saisit réellement l’étonnement de la Parole de Dieu, devient lui-même un homme totalement et définitivement étonné. En allemand le mot ‘étonnement’ (Verwunderung) vient du terme ‘miracle’ (Wunder). » (Karl Barth, Introduction à la théologie évangélique p.55).

Les enfants, les savants et les artistes sont créatifs parce qu’ils ont la faculté de voir les « miracles quotidiens ». Le secret de la créativité est de voir une chose banale et de ne pas la trouver banale. Des pommes sont souvent tombées sur la tête de bien des gens mais il n’y a eu que Newton pour en faire quelque chose ! Alors, mon frère, ma sœur, regarde, regarde bien le monde, ne reste pas toujours dans le feu de l’action. Sois conscient de ce qui t’arrive et tous ces miracles te sauteront à la figure. Alors tu diras : « Dieu, je Te suis reconnaissant pour ma vie, livrée en Ta main, pour mon âme qui T’est confiée. Pour Tes miracles quotidiens. »
En récitant cette prière d’action de grâce, les Juifs se prosternent ; ils joignent le geste à la parole. Quand on s’incline jusqu’au sol, on pose les mains entre les pieds, lieu du royaume, (malkut), appelé aussi Schekhinah, la Présence. Dieu suscite notre désir pour que notre désir suscite le Sien. Pour cela, on reste un peu plus longtemps les mains entre les pieds. Autre particularité : lorsque l’officiant répète l’Amida à haute voix et récite cette bénédiction, les fidèles prononcent à voix basse une autre formulation de gratitude qui s’achève par les mots : « Loué soit le Dieu des gratitudes ».Cela signifie d’abord qu’il convient d’exprimer notre gratitude à Dieu pour la vie, l’âme, les miracles du quotidien, pour la complexité du monde dans lequel nous vivons et que la science découvre .Dans un second temps, notre prise de conscience va plus loin encore. Il ne s’agit pas simplement de reconnaître tel ou tel cadeau mais de dire : « Je Te suis reconnaissant de pouvoir les reconnaître. »


En effet ; le verbe reconnaître, en hébreu comme en français a une double signification :


1°/ reconnaître, c‘est connaître, désigner. Reconnaître les faits, l’existence d’autrui, de Dieu ou d’une chose. Reconnaître la réalité même si je ne la comprends pas. Par exemple, reconnaître ses fautes. La reconnaissance de la vérité constitue l’essence du judaïsme.
Dans ce cas, reconnaître quelqu’un ou quelque chose est un constat de la réalité en dehors de tout sentiment ou jugement de valeur.


2°/ Reconnaître, c’est aussi être reconnaissant, remercier, louer. C’est aussi l’essence du judaïsme avec le mot Judah venant de hodot : reconnaître, remercier. Judah est fortement impliqué dans ce deuxième sens. A sa naissance, il reçoit ce nom parce que sa mère exprime sa reconnaissance à Dieu. Lorsque nous éprouvons un sentiment de gratitude pour un cadeau reçu, nous exprimons notre reconnaissance dans la prière. Mais si je suis pauvre, malade, si j’ai des déboires conjugaux, des difficultés professionnelles, des problèmes et des misères POURQUOI REMERCIER DIEU ? PARCE QU’IL M’A DONNE LA VIE. JE TE REMERCIE D’ETRE EN VIE. Je Te remercie pour la Vie de la vie. Nous Te remercions de pouvoir Te dire merci. Nous te rendons grâce de pouvoir rendre grâce. Nous retrouvons là la parenté du Judaïsme et du Christianisme : l’anaphore de la liturgie de la sainte cène a cette prière : ce qui est à Toi, nous Te l’offrons en Tout et pour Tout.

5 / La prière de l’Église :
Nous l’avons vu, dans l’évangile de Luc, Jésus dit souvent à ses disciples de prier, et Il prie Lui-même plus de dix fois. Cela montre moins son ascèse que sa concentration totale sur la seule chose qui compte. Le besoin de prier l’entraînait fréquemment dans la solitude. Jésus avait une communion constante et totale avec son Père et pourtant Il s’éloigne souvent du bruit du monde pour entendre de plus près la voix de l’Esprit.
Pas de doute que nous, ses disciples, avons aussi besoin de la même retraite en silence et en solitude. La solitude est nécessaire, car les choses visibles, destinées par Dieu à nous servir d’escalier vers les invisibles, ont perdu cette fonction à cause de notre péché. Du coup, nous devenons victimes d’une sorte d’obsession du visible et à moins d ‘une vie intérieure très forte, les flots de vanité ou de convoitise et d’amour propre, nous emportent loin de la Présence de Dieu. « Nous ne percevons plus le message du monde visible nous disant qu’il a été fait par le Créateur. » (Saint Augustin) Jésus, lui, se tenait dans les déserts ou la montagne et Il priait. Nous cherchons donc, nous aussi, la retraite et le silence pour que notre cœur ne se dissipe plus dans le monde mais s’élève à Dieu.


L’adoration de Dieu est une libération et un chemin de victoire. Un jour toutes les nations chanteront et célèbreront la façon dont Dieu a sauvé le monde par Sa grâce. Contempler la puissance de Dieu et L’adorer doit être note préoccupation principale parce que c’est juste et que ça dure « toute la vie » (Psaume 63,5). C’est ce pour quoi nous avons été créés. Tous les êtres humains sont appelés à louer Dieu pour son Nom, ce qu’Il est et ce qu’Il a accompli : la spécificité de cette louange est une gloire faite de magnificence et de beauté. Nos aspirations les plus profondes ne seront pas comblées par une croyance en une force divine, distante et impersonnelle, mais uniquement par un Dieu vivant que l’on peut rencontrer personnellement et dont on peut expérimenter la présence vivante. La louange et l’adoration sont bonnes (Psaume 92,2) parce qu’elles renouvellent notre joie et nos forces. Contrairement à tous nos autres attachements (carrière, argent, relations), l’adoration du vrai Dieu, dont l’amour parfait nous restaure et nous renouvelle, nous donne de trouver notre joie dans ce que Dieu a accompli à la croix. Nous avons bien plus de raisons de chanter notre joie que qui que ce soit, car nous sommes aimés d’un amour éternel et de grand prix. La louange doit prendre place « parmi les nations » (Psaume 96, 3). Lorsque nous adorons, nous « annonçons Son salut » (Psaume 96,2). Il n’y a pas de meilleur moyen de montrer aux sceptiques la grandeur de Dieu et la beauté de Sa vérité qu’au travers de l’adoration (Psaume 96, 4-10). L’adoration nous propulse dans le monde afin de témoigner, de servir et d’aimer.


Aux pieds de qui pouvons-nous tomber, comme Marie, épuisés, pour dire le secret de nos doutes, de nos lâchetés, de nos scandales intérieurs ? Il est des choses qui ne se disent qu’à Dieu et qu’on ne pense même que devant Dieu.
La solitude et le silence véritables sont dans le cœur. Si nous ne le trouvons pas là, nous ne le trouverons nulle part ailleurs. On rencontre le monde dans le désert quand on le porte en soi. Nous nous recueillons mais alors, les passions et les pensées mauvaises nous importunent. Il n’y a que Dieu qui puisse effacer le monde en nous car tout ce qui n’est pas Dieu, c’est encore le monde. Rentrer en soi-même sans Dieu, c’est rentrer dans le monde. Un cœur d’où Dieu est absent est tumultueux, bruyant et dissipé comme la place publique. Le véritable silence, la bonne solitude sont seulement dans le sentiment de la présence de Dieu, lequel est la seule grâce dont nous ayons besoin. Demandez à Dieu le sentiment de Sa présence et vous le trouverez. Vous trouverez tour à tour la solitude en Dieu et Dieu dans la solitude.


Petite notice explicative : Les treize premières pages de cette étude reflètent fidèlement ce qui a été dit le vendredi 23 août 2019. Mais, ayant rédigé la suite, confiné à Boissier, pendant le Carême, je n’ai pas pu m’empêcher de modifier et de développer le texte originel, en communion avec tous ceux qui vivent ce grand combat contre l’épidémie du coronavirus. En regardant la Croix du Christ, la liturgie nous a tous mis en communion avec l’humanité confrontée au réel de notre finitude, de notre fragilité et du sens ultime de notre vie. C’est pourquoi les pages qui suivent constituent, dans certains paragraphes, une nouvelle étude.

III – Un monde déraciné :
A / Signes des temps, avertissements, (et non pas châtiments ni colère du jugement) :

         1°/ L’actualité :
                  a) Après la retraite de Charmes 2019, plusieurs événements sont venus bouleverser notre vie. Nous avons eu la grêle de juin et la grande sècheresse de l’été, de terribles inondations et un tremblement de terre en octobre. Le 14 novembre la neige a coupé l’électricité en Rhône-Alpes. Les jolis petits flocons de neige ont carrément déraciné des arbres gigantesques. « Déjà la hache est mise contre la racine des arbres. »(Mat.3,10) Le tout dans le climat social que vous savez. Dans la nuit du 9 janvier 2020 l’usine de Bellevue (au-dessus de Boissier) est partie en fumée ; il ne reste plus que les murs. J’ai l’impression de vivre en temps de guerre et d’avoir échappé à un bombardement. Mais, loin de nous détourner de la prière, ces épreuves du feu et du climat, nous ont poussé à rechercher le Christ avec passion et à regarder vers le ciel (le mot « précarité » est la racine du mot « prière »)
                  b) L’épreuve présente de 2020 : Depuis le début de cette année 2020, le monde entier est en proie à la pandémie du Covid 19 qui a fait des centaines de milliers de morts et provoqué une crise sanitaire, humaine, sociale, économique et financière sans précédent. Le rythme de vie sur terre s’est considérablement ralenti et presque arrêté ; Plus de 3 milliards d’êtres humains ont été confinés chez eux et nous n’avons pas fini de constater les dégâts. Pendant ce Carême le mot de ‘quarantaine’ est devenu brutalement réel, au-delà de son sens religieux. Les familles inquiètes ont été dans l’impossibilité d’entourer leurs proches malades et les cérémonies d’obsèques ont été réduites et même supprimées dans certains pays. Partout la mort a semblé triompher, ‘niant la Résurrection des morts et la Vie éternelle’ (L. Dallière). Ce virus a été comme l’image invisible du péché qui mène à la mort.


Voici deux paroles des Pères de l’Eglise, d’une étonnante actualité: « Dans le combat des hommes, on peut se cacher dans sa maison, on peut ne pas sortir pour lutter. Dans le combat spirituel, au contraire, il n’y a pas de lieu qui ne soit livré à la lutte. Celui qui a découvert la persévérance ne se relâche pas car il sait que rien en cette vie n’est immuable, mais que tout passe. Il ne se soucie d’aucune de ces choses, mais il abandonne tout à Dieu ; Car lui prend soin de nous. Et à lui reviennent toute gloire, honneur et pouvoir dans les siècles. » (Pierre Damascène, 11°s. Philocalie B-1, Bellefontaine, 2005, p. 120-122) « Sais-tu, mon enfant, pourquoi les maladies se multiplient, ainsi que les morts terrifiantes ? Parce que les hommes se sont mis à considérer que la santé est ce qui est enlevé par la nature et non ce qui est donné par Dieu. Or, ce qui est enlevé avec peine doit être défendu avec une double peine ! » (Nicolas Vélimirovitch, 1880-1956, Prières sur le lac, L’Âge d’Homme, Lausanne 2004, p.97s.)

Il y a 5 ans l’Union de prière a commencé à souffrir de façon plus directe de l’impuissance de l’Eglise, mais voilà que maintenant la stupeur nous atteint devant la montée en puissance du malheur de l’humanité. Nous devons nous souvenir que le mal n’est pas absolu. Seule la Bonté de Dieu est absolue et infinie. Certes, la foi ne supprime pas la souffrance, mais en nous reliant au Christ, mort et ressuscité pour nous, elle nous permet de « considérer que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui sera révélée en nous » (Rm 8,18), le jour de la résurrection. En effet, durant ces longues semaines où des milliards d’êtres humains ont été arrêtés dans leurs activités pour être confrontés à eux-mêmes, à la vie et à la mort, chacun peut réviser ses priorités et reconsidérer l’essentiel de son existence. Dans le silence et la solitude, on n’entend que l’essentiel. Une parole de Paul Ricoeur, citée à l’émission juive de FR2, a pris, tout à coup, un relief particulier : « Ce dont l’homme a besoin aujourd’hui, c’est de justice, c’est d’amour certes, mais c’est surtout de sens » Nous ne serons plus jamais les mêmes après cette épreuve. Et nous voulons croire que ce sera dans le bon sens.


Nous nous en souviendrons jusqu’à notre mort. S’il est vrai que le XX° siècle a commencé en 14-18, nous considèrerons sûrement que le XXI° a commencé en 2020. Que sera-t-il ? Nous ne le savons pas. Mais Jésus vient et c’est une bonne nouvelle. Alors redoublons de prière en invoquant la miséricorde de Dieu plutôt qu’en parlant de Son jugement : « Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne se retirera plus, car c’est le Seigneur qui sera ta lumière pour toujours. Les jours de ton deuil seront terminés…Comme un homme que sa mère console, ainsi, moi, je vous consolerai ; vous serez consolés à Jérusalem. » (Esaïe 60, 20 ; 66, 13)


Cette espérance n’est pas un vague espoir que Dieu se débrouillera. C’est l’assurance que Dieu nous aime au point de recueillir toutes nos larmes. Lorsque cette vérité descend dans le cœur, nous ne sommes plus effrayés par quoi que ce soit, ni par les maladies tenaces, ni par les pièges d’hommes méchants. Jésus a proclamé et montré par ses miracles que le Royaume de Dieu a déjà commencé. Il invite donc les hommes au bonheur en toutes circonstances :
« Heureux les pauvres car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Luc 6, 20-21). La puissance du Royaume de Dieu a plus de poids dans la vie des hommes que leur situation sur terre. « Les lois de la biologie et l’engrenage de la fatalité sont vaincus par une volonté personnelle transcendante. Nous ne nous laissons plus diriger par les circonstances, mais par un dessein inspiré d’une décision souveraine, qui n’a pas à être justifiée » (M. Bouttier). « En effet les hommes ont été transférés de ce monde, dans lequel ils restent, dans le monde nouveau du Royaume de Dieu. Ils lèvent les yeux vers les choses d’En-Haut où ils sont ressuscités avec le Christ et ils n’ont plus le nez sur leurs circonstances passagères. Leur vie dans ce monde reflète le Royaume auquel ils appartiennent : ils vivent par la foi, et non par la vue, comme fils de Dieu libérés du mal et arrachés à la puissance de Satan par la mort et la résurrection de Jésus. » (J. Jérémias) Dire : « heureux, maintenant, ceux qui pleurent car ils seront consolés » est une folie mais « la folie de Dieu est plus sage que les hommes…c’est ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu » (1 Co.1, 25 ; 2, 9).


Un jour nous découvrirons que ce mot devenu ordinaire de ‘Covid‘ [covid] est, en effet, un sigle, mais aussi l’acronyme de : « Christ Oblitère Virus et Infections Destructrices » !
« Fais-moi grâce, ô Dieu, fais-moi grâce, car c’est en Toi que mon âme cherche un refuge ; je cherche un refuge à l’ombre de Tes ailes JUSQU’A CE QUE LE MALHEUR SOIT PASSE.
…Ô Dieu que TA GLOIRE resplendisse sur toute la terre. » Ps. 57, 2, 12
« Si Dieu peut être glorifié en nous délivrant du malheur, du danger et de la détresse, alors gloire à Dieu ! S’Il est davantage glorifié par le fait que, en dépit de circonstances inchangées, nous continuons à nous confier en Lui sous le regard du monde, alors gloire à Dieu aussi ! D’une manière ou d’une autre, Dieu accomplit Son plan pour nous quand notre plaisir consiste à l’honorer. Prière : Père, Ton Fils nous a enseigné à prier :’ Que Ton Nom soit sanctifié’ avant ‘Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien’. Aide-moi à ne pas prier : ’Dieu, il faut que Tu fasses cela !’ mais :’Sois glorifié dans ma vie’ » (T. Keller, Les psaumes de Jésus)
« Seigneur, aie pitié de Ton monde. »
Après ces quelques mots sur l’épidémie qui se sont imposés à moi, je reviens, en abrégé, à l’étude de cet été.


             2°/ Etude de 2019 :
              a) La cathédrale Notre-Dame de Paris a brûlé le lundi saint 15 avril 2019 sans que notre pays n’y voie autre chose que l’effondrement d’un patrimoine culturel (Victor Hugo). Le témoignage que la cathédrale portait à la foi en Jésus-Christ a été complètement occulté. Cet incendie a scellé la disparition des racines chrétiennes de l’Occident. Le Seigneur fera renaître Son Eglise sous une autre forme (les chrétiens pleuraient et priaient ; la croix a été sauvée) : chaque chrétien devra découvrir sa cathédrale intérieure même si dans cinq ans Notre Dame aura été restaurée.
                 b) Parmi les livres :
• Dany-Robert DUFOUR : « La situation désespéré du présent me remplit d’espoir » (éditions Le Bord de l’Eau 2016).
Le constat que fait ce livre des trois délires mortifères qui hantent notre époque est pertinent : le délire occidental du néo-libéralisme mondialiste et libertaire ‘ veut toujours ‘(pléonexie) et disloque la personne, la famille, le lien social et même la vie sur terre. Le délire théo-fasciste du djihadisme combat l’égoïsme immoral de l’Occident au nom d’une pureté absolue qui est prête à s’imposer au prix d’une horreur absolue. Le troisième, le délire identitaire néo-fasciste se présente comme le seul rempart possible contre les deux premiers en prônant un retour à la patrie refermée sur elle-même et rejetant l’étranger. L’auteur constate que ces trois délires forment un système : on ne sort de l’un que pour entrer dans l’autre.


Voyant que les garde-fous démocratiques (Etat, médias et université) ne fonctionnent plus, il pense qu’il faut refonder la dignité et la solidarité humaines, bafouées par ces trois délires au moyen de ce qu’il appelle l’hypothèse convivialiste. Mais, après avoir rapidement évoqué la crédibilité de ce projet sociétal, il déclare lui-même, à la dernière page de son livre, que seule la croyance au grand récit monothéiste peut vaincre la folie et la pulsion de mort de l’humanité. « Pendant deux mille ans, la croyance (irrationnelle) a été plus forte que le crédible (rationnel) ». Mais il pense que ce grand Récit ne peut plus donner une espérance à l’homme d’aujourd’hui. Il se dit ‘rempli d’espoir’ mais il désespère qu’il existe une dimension narrative qui, au-delà d’une démonstration rationnelle, soit capable, comme il le dit « de prendre en charge la promesse de la vie éternelle ». Au siècle dernier, Husserl interprétait la montée du fascisme comme une crise de l’humanité européenne et par là, il entendait un oubli de soi des Occidentaux, un oubli de qui ils étaient, de l’histoire dont ils étaient les héritiers. Cette lecture garde sa pertinence face aux trois délires actuels (le néo-libéral, le théo-fasciste et l’identitaire néo-fasciste), qui rappellent étrangement les trois grands délires politiques des années 1920 : l’ultralibéralisme, le stalinisme et le nazisme.

• Bérénice LEVET : « Le crépuscule des idoles progressistes » (éditions Stock 2017).
       Depuis la décennie 1970, les besoins fondamentaux de l’être humain d’enracinement et d‘ identité ont été 
       qualifiés de crispation et de droitisation par une idéologie progressiste stérile. L’auteure montre qu’un homme
        déraciné, délié de tout héritage est un homme atrophié. Face au multiculturalisme, l’école doit transmettre le
        passé et défendre l’assimilation propre à la République française.                                                                                                                                                                        
Nos sociétés frivoles ont coupé tout lien au passé, effacé toute poussière du passé et les délires idéologiques continuent d’essayer de nous faire croire que là où on met fin à une tradition, une création prend figure. Pourtant, nous voyons que partout où la tradition s’est éboulée, c’est le vide qui s’est installé. En cinquante ans, le progressisme a tourné au nihilisme. Le néant est venu s’asseoir en face de nous. Les idoles des progressistes se livrent sous leurs yeux mais ils en entretiennent le culte : la diversité, l’affranchissement du cadre national et historique, le culte des différences, l’ouverture à l’autre, la fraternité universelle. Même les morts des attentats islamistes ne parviennent pas à les réveiller de leur sommeil dogmatique. L’abstraction économique et l’idéologie libérale–libertaire veulent éradiquer notre besoin trop humain d’incarnation, d’enracinement dans un lieu et dans une histoire.


•     C.S.  LEWIS : « L’abolition de l’Homme » (éditions Ad Solem 2015)
Ce qu’on appelle le pouvoir de l’homme sur la nature se révèle, à  l’analyse, comme le pouvoir de certains hommes sur d’autres hommes au moyen de la nature… Les modeleurs d’homme de l’ère nouvelle sont armés des pouvoirs d’un État et d’une technique tout-puissants. Les conditionneurs donneront aux générations futures la forme et la conscience morale qui leur plairont en implantant dans l’espèce humaine une intelligence artificielle.
Ces maîtres ne seront pas de méchants hommes. Ils décideront de ce que l’humanité  doit être et de ce qui est bien pour elle. Ce ne seront pas des hommes mauvais : ce ne seront plus des hommes du tout… la victoire finale de l’homme sur la nature, on le voit, c’est l’abolition de l’homme. Les raisons d’agir rationnelles ou spirituelles disparaitront au profit des raisons d’agir émotionnelles et passagères. Du coup, la maitrise de l’homme sur la nature deviendra la maitrise de la nature et du désir du moment sur l’homme… une fois que notre âme, ce qui fait de nous une personne, sera vendue, nous serons les esclaves de ce qui possèdera alors cette âme… le processus qui abolira l’homme apparaitra inoffensif. Il discréditera toujours les valeurs traditionnelles pour créer de façon arbitraire un monde post-humain. Ces propos ne sont pas une attaque contre la véritable science. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était d’amener l’âme à être en conformité avec la réalité, et les moyens d’y arriver étaient la connaissance, la maitrise de soi et le sens du bien.
Pour la technique, le problème est de soumettre la réalité à nos désirs sans aucun souci de connaissance scientifique avec comme seul objectif d’étendre le pouvoir de l’homme. La vraie science ne fait même pas aux minéraux et aux plantes ce que la science contemporaine menace de faire aux hommes.
Peut-être est-il dans la nature des choses que l’intelligence analytique soit toujours comme le basilic de la légende qui tue ce qu’il voit et qui ne peut voir sans tuer ! Aristote (4°s avant J-C) disait : « Le basilic nous donne la mort par les vapeurs empoisonnées qu’il lance de ses yeux. » Il faut que quelqu’un arrête ce processus d’abolition de l’homme car le progrès linéaire infini est une illusion tenace. Il y a des progressions où il suffit d’un pas supplémentaire pour détruire tous les progrès acquis jusque-là. La raison critique ne peut pas tout expliquer. Percer tout à jour, c’est se retrouver dans la nuit.  
Saint John Perse (1887-1975) écrivait : « Et de l’homme lui-même, quand donc en sera t -’il question ? Quelqu’un au monde élèvera-t-il la voix ? …Car c’est de l’homme qu’il s’agit, et de son renouement. »   


B / Traiter les racines
Un remède possible à l’oubli de soi de l’occidental, pointé par Husserl, est ce que la philosophe Simone Weil appelle l’Enracinement. Son analyse a une grande actualité lorsqu’elle dit que l’homme ne peut pas vivre dans un monde liquide et dématérialisé. L’élite mondialisée, nomadisée regarde avec mépris et condescendance les récalcitrants à la liquéfaction de l’existence. C’est cela qui a suscité la révolte des gilets jaunes. Peut-être ressentaient-ils la liquéfaction du monde, signe de sa liquidation.
En effet, si, à la suite des Lumières nous concevons la liberté comme arrachement en mettant l’accent uniquement sur les droits et en rupture avec la tradition, nous deviendrons des êtres abstraits, des cœurs arides et des âmes desséchées. Face à l’abstraction provoquée par l’essor des techniques, nous devons rapatrier les hommes ici-bas.
« L’enracinement, écrit Simone Weil, est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’être humain. » L’homme n’est pas de nulle part. Être enraciné, c’est être ancré quelque part et inscrit dans une histoire. Cela n’a rien à voir avec le délire identitaire de l’extrême droite européenne qui se referme sur la patrie. « Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. » Les racines sont des fidélités porteuses de sens. L’homme déraciné ne s’attache à rien et tombe dans l’insignifiance. L’homme a besoin de pouvoir donner sens à ce qu’il vit. Simone Weil reproche sévèrement à l’École et à l’Église de ne pas avoir fait contrepoids à l’abstraction du monde moderne et d’avoir transmis le savoir ou l’Évangile de façon désincarnée, détachée du monde concret.


« C’est un scandale, écrit-elle, de voir que les étoiles et le soleil dont parle l’instituteur n’ont aucun rapport avec le ciel, comme la vigne, le blé et les brebis dont Jésus a parlé et dont l’Église parle à son tour n’ont rien de commun avec la vigne, le blé et les brebis qui se trouvent dans les champs et auxquels on donne tous les jours un peu de sa vie. »
Être enraciné ne signifie rien d’autre que vivre une vie pleinement incarnée, présent au monde, actif, responsable. Le cosmopolitisme et la mondialisation son des abstractions, des déracinements. « Heureusement, le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines. » (Christophe Lasch)
Mais toutes les racines sur lesquelles nous pouvons nous bouturer ne sont pas sans danger.
Je prends l’exemple de la Commission des lois de l’Assemblée Nationale. Elle a créé une mission flash sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Les deux rapporteurs entendront le 8 octobre à 17h30 pendant 1h30 Torrent de Vie. Vont-ils aussi entendre les sectes qui poussent à changer de genre ? Et si oui, vont-ils les mettre au même niveau ? Prions pour Werner Loertscher, responsable de Torrent de Vie France.

IV – Les racines futures :


1/ Premier constat : Étrangers dans la Cité (Stanley Hauerwas) :
La fin historique du christianisme comme religion civile de l’Occident est une chance pour la foi. Car la foi doit dépasser les emprises culturelles, les tentations politiques, les réductions éthiques et les simulacres activités qui en déforment le témoignage.
Notre époque cynique et désabusée « à qui on ne la fait pas » se sent obligée de croire à la petite histoire suivante : « Si nous voulons être heureux, nous devons être de partout et de nulle part, ne plus avoir de racines, d’origines, de cultures, de religion, de communauté. C’est en devenant des individus hors sol que nous profiterons vraiment des magnifiques bienfaits de la modernité libérale considérée comme la version séculaire de la ‘Providence ‘ ». Il dénonce, en parlant de la Macdonaldisation du monde, les appels atones de l’Église libérale ‘à la paix et à la justice’ qui considèrent que Dieu est uniquement fait pour cela. Or, la Bible nous apprend que la guerre et l’injustice apparaissent lorsque nous cessons de témoigner que notre monde est entre les mains de Dieu, pour affirmer, à la place, qu’il est entre les nôtres. Nous essayons de créer, au nom de la justice, une société dans laquelle la foi dans le Dieu vivant est hors sujet, relevant exclusivement du domaine privé. Les chrétiens croient que la mission de l’Église est de faire de la terre un meilleur endroit où vivre. Mais en essayant de rendre le monde meilleur, l’Église accepte le monde et se conforme à lui. Et l’Église s’auto-congratule de son rôle supposé de transformateur du monde. Finalement, c’est le monde qui a apprivoisé l’Église. Mais l’Église est-elle sectaire quand elle s’oppose au monde en lui proposant une alternative ? 

2/ Deuxième constat : le transhumanisme :
Augmenter nos capacités grâce aux technologies, pourquoi pas. Mais dans quel but ?  Posséder plus ou être plus, augmenter nos capacités pour vivre un individualisme sclérosant ou, au contraire, pour vivre la joie de donner et de recevoir au service du bien commun ?
Il est impossible de ne pas tenir compte de la cybernétique liée à la biologie qui suscite un matérialisme innocent et économique (pas idéologique) qui ne cherche pas à réfléchir plus loin, puisque tout s’explique par la physico-chimie. Cela suscite dans le public un immoralisme innovant de principe qui est l’expression spontanée d’une vie soustraite à toute discipline. L’esprit, la religion, Dieu, paraissent antédiluviens car venant d’un monde où l’homme n’était pas encore augmenté par la machine.
Si nos origines animales sont derrière nous, nos origines humaines sont devant nous si nous quittons le robot en nous inventant nous-mêmes dans un univers de valeurs habité par une Présence toujours reconnue plus profondément éloignée d’un univers-robot. Nous émergeons de notre univers-robot et de notre univers passionnel (qui est aussi un univers robot) grâce à la rencontre avec cette Présence qui nous jette à genoux, nous plonge dans l’émerveillement et nous ouvre à des visages inconnus dans une même joie et un même amour. S’inventer spirituellement nous-mêmes devant Dieu est la seule chance d’échapper au robot, au transhumanisme, à l’homme augmenté par des machines, à l’homme qui s’invente lui-même en laboratoire. La Présence de Dieu est vraiment la vie de notre vie, celle qu’il faut choisir (Dt 30, 19).
Le philosophe suisse Maurice Zundel écrivait : « L’homme est un animal appelé à naitre à son humanité… il a des racines biologiques dans le sol, dans l’humus et il doit aspirer les forces de la nature pour les faire monter vers le ciel et vers l’amour… pourtant les racines de l’homme, de la personne humaine, ne sont pas en arrière, dans son moi naturel préfabriqué, elles sont en avant de lui… LES RACINES DE L’HOMME SONT EN AVANT et ce sont des relations fortes qui permettent d’en vivre. C’est là que s’origine l’accomplissement de la personne humaine.  Chacun peut expérimenter le patient apprentissage de la liberté… apprendre à se libérer de ses vieilles habitudes, de ses schémas de vie tout faits, de ses jugements a priori, bref, de toutes ses habitudes de non-vie. Seule l‘expérience de l’amour, de la confiance et de la foi permet de laisser les sécurités humaines qui entravent notre liberté et qui nous empêchent de nous porter en avant vers nos racines, vers l’homme authentique, vers le Dieu vivant et vrai… Il nous faut donc tout reprendre, tout réinterpréter à partir de cette vision prospective qui regarde l’avenir, cet ‘à-venir’ intérieur qui n’est pas chronologique mais qui est l’éternité s’ouvrant et s’enracinant en nous. Découverte unique et merveilleuse, inépuisable et toujours nouvelle qui est à la fois celle de nous-même, des autres, de l’humanité, de l’univers et de Dieu. Désappropriation où l’on fait de soi un espace de lumière et d’amour, un silence immense où l’on écoute cette musique silencieuse que ne peut entendre que celui qui tend l’oreille de son cœur vers la Présence adorable. Nous nous croyons fondés à dire que la quête de l’homme ne peut aboutir à rien, si elle ne devient expérience de Dieu. »

3 / Spiritualité ? Oui, mais celle de l’Esprit Saint :  Dans les années 80, le professeur-rabbin Armand Abecassis a fait une conférence sur la vie pharisienne aujourd’hui. A la fin, il a dit au monastère de l’Épiphanie à Eygalières : « Ce que les Juifs sont pour le monde, les moines le sont pour l’Église. » Lorsque Sœur Dominique m’a dit cela, j’ai pensé à ma vocation de membre de l’Union de prière et au fait que les Églises protestantes ont besoin de moines. Nous dénonçons le césaro-papisme de l’Église, mais nous oublions qu’au 4° siècle, des chrétiens ont trouvé une alternative par le monachisme. Ils ont sauvé l’Église de n’être que la religion de l’Empire. S’il y a de vrais chrétiens aujourd’hui, c’est à eux que nous le devons. Dernièrement, les protestants ont pris des décisions de religion d’état pour contribuer à l’unité de la France, en oubliant que c’est Dieu, et non les nations, qui dirige le monde. Les Églises historiques se veulent toutes inclusives aujourd’hui, mais les vrais chrétiens ont toujours été exclusifs : en 1934, Karl Bart écrivit, dans la déclaration de Barmen : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Écriture sainte est l’unique Parole de Dieu. Nous rejetons tous les événements, pouvoirs, personnalités et vérités que l’Église reconnaîtrait comme Révélation à côté de la seule Parole de Dieu. » L’Église doit avoir l’audace d’affirmer que c’est Dieu, et non les nations, qui dirige le monde.

Dans son livre, « L’homme transfiguré par l’Esprit », (éditions Lessius, la Part-Dieu 6 2005),
Micheline Tenace réfléchit ains suri le monachisme :
« L’âme n’est pas le divin en nous, contrairement à ce qu’a enseigné une théologie philosophique peu familière avec l’Esprit Saint. L’âme n’est pas plus immortelle que le corps, puisqu’elle est créée comme lui. Du fait que l’âme est immatérielle, on ne peut en déduire qu’elle est immortelle. La vie éternelle ne vient pas de la nature créée, elle est un don de Dieu. C’est le l’hellénisme qui enseigne que l’âme est la vie et le divin en nous. Irénée de Lyon disait : « Trois choses constituent l’homme parfait : la chair, l’âme et l’esprit. L’esprit sauve, la chair est sauvée, et l’âme suit tantôt l’esprit, tantôt la chair. Des esprits sans corps ne seront jamais des hommes spirituels. C’est le composé d’âme et de chair qui, en recevant l’Esprit de Dieu, constitue l’homme spirituel. » (Contre les hérésies V, 9, 1 ; V, 8, 2).
Le mensonge que dénonce la vie des moines, c’est qu’il ne suffit pas d’être un homme cultivé, un homme équilibré et mesuré dans le rapport aux biens créés pour être un homme libre des passions du « moi ». Chacune des huit passions peut prendre la forme d’un démon. Nos passions sont vaincues par la passion du Seigneur. Notre foi est centrée sur l’Esprit qui agit en l’homme en vue de sa résurrection. Sur la base de la Pentecôte suivant la résurrection du Christ, notre vie spirituelle anticipe le monde à venir comme une nouvelle Pentecôte, celle de notre résurrection. Plus l’attention à la présence de l’Esprit est profonde et intérieure, plus elle touche l’être humain dans ce qu’il est en tout temps et en tout lieu. Le Retour de Jésus est aussi une nouvelle venue de l’Esprit et une vie nouvelle.


L’Esprit de Dieu manifeste la plénitude du salut par la qualité de la vie spirituelle ordonnée à la manifestation de l’homme nouveau. On ne peut prier que « dans l’Esprit Saint » et dans l’amour, c’est-à-dire dans la relation. L’homme accueille le Saint Esprit dans le cœur et là, sa prière devient une communication d’amour, une invitation à participer à la vie divine. Ce qui est le plus nécessaire à l’amour, c’est la relation, faite non de paroles, mais de silence pour écouter, d’attention pour que le silence ne soit plus une ascèse extérieure seulement, mais une prédisposition intérieure à la plénitude qui ouvre sur le goût de la Présence et donc sur la joie. Prier n’est possible que si on a conscience de l’Esprit en nous, ce dont on rend grâce. Prier porte à garder le cœur dans la paix et la joie spirituelle. La prière est transparence à la présence divine et action transfigurante. C’est une protestation contre tout ce qui menace de dénaturer le sens de la vie de l’homme dans l’histoire : la prière est la guérison de la déchirure fondamentale de l’être intérieur et extérieur. « Faire descendre l’esprit dans le cœur » exprime la réparation de la faille fondamentale de l’être, la réunification de l’être humain. Je crois en Dieu, je crois la résurrection de la chair créée à l’image du corps glorieux du Fils ressuscité, j’attends la vie éternelle, porté sur les ailes de l’Esprit. »

4 / Couper les racines ? Oui, mais pour n’en avoir plus qu’une :                                                                                                                                                                                                                         
Le Seigneur dit à Abram : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir…en toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gen.12,1-3)
Abram doit quitter, partir et se mettre en route, avec tout ce que cela comporte d’arrachement, de solitude, de séparation. La réponse à l’élection ne se fait pas hors sol ; elle s’incarne dans une démarche concrète, un engagement dans les actes. Cela implique d’assumer la solitude inhérente à l’appel. Il lui faut rompre avec son entourage et assumer sa différence, son ‘étrangéité’. Lekh-lekha c’est ‘pars pour toi seul’, pour être seul face à Dieu. Lorsque l’idole de la majorité ne répond pas au critère de la vérité divine, l’homme a le devoir de s’en séparer et d’être seul avec Dieu s’il le faut. « Quand mon pays ou la maison de mon père ou les nations voulaient m’embrouiller avec leurs troubles ou avec mes propres troubles pour m’égarer dans l’idolâtrie, Dieu s’est révélé à moi en me donnant cet ordre :’va vers toi’ » (sentence hassidique de Rabbi Sunian et Midrash Rabba I, 457). Abram a accompli sa mission messianique de bénir toutes les familles de la terre afin qu’elles tiennent bon en vue de la venue du Messie. Abram doit se convertir à sa véritable identité en Dieu. Dans la Bible la conversion est une séparation, une solitude en vue d’une mise en route.
« Jésus vient ; comment tenir bon en famille… ? » Par une démarche intérieure jusqu’au véritable nous-mêmes, là où Dieu demeure. C’est une « alliance », seul à seul avec Dieu.
Lekh-lekha, « Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! » (Cant. 2,13) Le Judaïsme, comme nous l’avons vu en étudiant la prière juive, souligne l’importance de poser des actes qui expriment notre amour pour Dieu, avec ce que cela entraîne de rupture. C’est en se mettant en route qu’Abram montre son amour pour Dieu et que toutes les familles de la terre sont bénies. Par leur couple et leur famille, Abram et Sara seront une bénédiction pour toutes les familles de la terre, parce que de leur descendance sortira le Messie. Dieu appelle un homme, l’arrache à ses racines nationales et familiales pour que la seule racine de son existence soit la Parole de Dieu : Genèse 12, 1-3.


Tout fils d’Abraham, juif ou chrétien, doit donc s’arracher à ce qui est établi une fois pour toutes sur terre. Dans leur histoire, Israël et l’Église ont souvent oublié cette racine unique de la Parole de Dieu pour se bouturer sur les cultures des nations. Il faut réactiver le passage des racines humaines à la racine divine d’Abraham et ne pas se tromper d’arbre généalogique. « Nous sommes devenus coparticipants de la racine et de la graisse de l’olivier… ce n’est pas nous qui portons la racine, c’est la racine qui nous porte. Si la racine est sainte, les branches le sont aussi. » (Romains 11, 16-18) La tentation permanente d’Israël et de l’Église est de se bouturer sur les nations païennes sous prétexte de les améliorer. Résultat, ce n’est pas le monde qui est changé, c’est le peuple de Dieu qui se mondanise. Dans différents domaines, l’Église croit évangéliser le monde en adoptant sa culture, son langage, sa musique ou son éthique et c’est le monde qui entre dans l’Église. Résultat, par exemple, le taux de divorce chez les évangéliques américains est supérieur à celui des USA ! Israël et l’Église doivent cesser de se bouturer sur une culture qui n’a pas empêché la Shoah et l’apostasie. Être fils d’Abraham, c’est quitter, s’arracher aux racines ambiantes pour aller vers une destination, un projet plus grand de bénédiction authentiquement universelle. Il faut oser franchir les lignes de démarcation géographiques ou mentales pour passer du particularisme outrancier à une perspective universaliste : « PAR TOI SERONT BENIES TOUTES LES FAMILLES DE LA TERRE. » (Genèse 12,3)


Le mot « bénir » revient cinq fois en Genèse 12, 1-3. Cette abondance de bénédictions est une lumière spirituelle qui englobe tout l’univers comparable à l’abondance de « lumière » dont le terme apparaît cinq fois dans le récit de la Création. Avec l’apparition d’Abraham, un nouveau monde vient de naître, un monde de bénédictions toujours accordées aux hommes, mais, cette fois, par des hommes. Dans sa promesse Dieu n’évoque pas l’humanité de façon globale mais il évoque « les familles de la terre » : michph’ot haadama. Les familles humaines, les groupements parentaux, attaqués par une société qui refuse de recevoir ses membres de pères et de mères, retrouveront leur ‘humanitude’, par la bénédiction d’Abraham, l’homme déraciné de tout sauf de la Parole de Dieu.Il y a bien l’article 16 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme (148) : « La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et de l’État. » Ce texte de la Déclaration des droits de l’homme devrait être un garde-fou, mais seule la bénédiction d’Abraham sur les FAMILLES de la TERRE a la force, la vigueur et la prospérité qui empêcheront nos familles de pourrir et d’être maudits.


Simone Weil, qui a milité pour l’Enracinement, fait un plaidoyer pour le déracinement dans La pesanteur et la grâce (p.91) : « Le déracinement, c’est le fait de « prendre le sentiment d’être chez soi dans l’exil et être enraciné dans l’absence de lieu. Imposer cela à autrui est criminel mais se déraciner soi-même est vital : couper l’arbre, en faire une croix et ensuite la porter tous les jours. » Elle connaissait Jésus-Christ comme seule racine pleinement suffisante. Il nous faut donc tout reprendre, tout réinterpréter à partir de cette vision prospective qui regarde l’avenir, cet « à-venir » intérieur qui n’est pas chronologique mais qui est l’éternité s’ouvrant et s’enracinant en nous. Découverte unique et merveilleuse, inépuisable et toujours nouvelle qui est à la fois celle de nous-même, des autres, de l’humanité, de l’univers et de Dieu. Désappropriation où l’on fait de soi un espace de lumière et d’amour, un silence immense où l’on écoute cette musique silencieuse que ne peut entendre que celui qui tend l’oreille : « Dieu appelle. IL VIENT. »


V – L’UNION DE PRIERE, RACINE CACHEE ET PIVOTANTE DU FUTUR :
La proximité permanente du Retour de Jésus implique que nous renoncions aussi bien à être des chrétiens hors sol qu’à être des chrétiens qui se conforment à ce monde. La pratique d’un style de vie en résistance à l’antichrist qui découle de cette vision initiale, consiste à assumer le lien qui unit ce que nous vivons aujourd’hui et la venue du Royaume


       1/ Histoire d’un enracinement :
Voyons d’abord comment nos pères dans la communauté ont participé dans le passé à l’accomplissement de la promesse.


            a) le roc et le jour :  La charte dit : « L’Union de prière part de la réalité de l’Eglise fondée par S. Pierre, S. Paul, S. Jean et ses disciples indirects (§3). Son emblème du Réveil est ‘une forteresse au péril de la mer’, un Mont Saint Michel, roc bâti pour la prière et battu par les flots (§16), comprenant des Gentils et des Juifs réconciliés sur le rocher de Christ (§32). Ce qui importe, pour l’Union de prière, c’est que l’ère du Saint-Esprit ouverte à Jérusalem, à Pentecôte, s’achèvera un jour du calendrier par l’Avènement de Jésus-Christ. Elle prie pour préparer ce jour dans le cœur de l’Eglise. (§ 64) »


              b) le vécu :  Voici un petit historique, non pas de l’Union de prière, mais de la Maison de Boissier (même si c’est lié bien sûr).
Lorsque l’Union de prière est apparue en 1945 elle avait son centre au sein de l’Eglise Réformée de Charmes, et « en 1962, le centre de l’Union de prière, tout en restant à Charmes, s’est transporté à la Maison de Boissier » (§78). A la mort du pasteur Dallière, le 10 janvier 1976, elle a décidé de continuer sa vocation sous la responsabilité collégiale du directoire (§80). Mais la fermeture de l’Ecole et le départ de la Maison de Boissier de mesdemoiselles Elise Bard, Léa Fougier et Anne Trachtenberg ont créé un vide. A ce moment- là, voyant que les membres de l’Union de prière étaient préoccupés de savoir Boissier vide et presque inutilisé, le directoire leur a écrit une lettre, datée du 10 février 1980. En voici quelques extraits :
« Notre communauté ‘Union de prière’ n’est pas en elle-même une communauté de vie, ni une communauté de biens, ni une communauté de travail. Notre communauté est essentiellement une communauté de prière. Elle est née parce que dans la mort, du temps de la guerre…Dieu a rendu vivante dans le cœur du pasteur Dallière, l’Espérance de Sa Venue…Communauté de prière, l’Union de prière est réponse à ce don et à cet appel…


Il ne semble pas que le chemin qui est devant nous soit celui d’une recherche de ce que nous pourrions faire de Boissier. Cela risquerait d’être artificiel. Nous devons d’abord prier pour une croissance de la vie intérieure spécifique de l’Union de prière, puis y contribuer par une persévérante fidélité personnelle et par notre sanctification en vue de la prière.
Frères et Sœurs, nous croyons que quelque chose est en train de se faire, vit, aujourd’hui au milieu de nous. Cela a commencé il y a longtemps et se poursuivra demain par la grâce de Dieu. Et c’est cette vie qui, par une victoire de la résurrection sur la mort et le vide, se donnera l’organe nécessaire à son maintien et à sa transmission… Alors la maison de Boissier trouvera tout naturellement son utilisation par l’épanouissement, dans le Corps, de la vie spécifique de l’Union de prière. » La lettre se termine par une invitation à faire part au directoire de ce que chacun recevra de Dieu à ce sujet.


Peu de temps après, semble-t-il, le directoire a reçu la conviction de rappeler à Charmes le pasteur Jacques Serr qui était depuis une dizaine d’années en Israël au monastère cistercien de Latroun. (L’histoire de ce monastère vient d’être publiée par Paul Tavardon en 2 tomes de 600 pages chacun, intitulée : ‘ Trappistes en Terre Sainte’, disponible à la bibliothèque). C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’Union de prière et que j’ai commencé à bénéficier de la prière, de l’exemple et des conseils du pasteur Jacques Serr. Ayant le même amour de la vie monastique et des Pères de l’Eglise d’Orient que lui, je suis vite devenu son fils spirituel, faisant des séjours de plus en plus fréquents à Boissier. J’étais déjà convaincu que protestantisme aussi a besoin de moines (un moine est simplement un chrétien qui prend la vie chrétienne au sérieux). En 1993, j’ai quitté la paroisse de Saint-Etienne pour venir habiter Boissier et partager avec lui la prière de l’Union de prière tout en exerçant un ministère paroissial à mi-temps en Drôme - Ardèche. A la faveur d’un mini réveil, appelé ‘la bénédiction du Père’, Boissier a attiré deux ou trois jeunes hommes (dont Emmanuel Vermesse) qui ont participé aux offices conduits par le pasteur Serr. Mais nous n’avons jamais eu une vie communautaire durable. Après le départ du pasteur Jacques Serr pour la patrie céleste en janvier 1999, je suis resté plus ou moins seul, à Boissier, jusqu’en 2003 où l’Eglise réformée m’a confié l’Eglise de Paris Belleville. A ce moment-là le directoire a réfléchi sur l’enracinement de l’Union de prière à Charmes. En effet, la maison de Boissier redevenait presque vide et inutilisée. Aucune communauté de vie ou de travail n’étant apparue, fallait-il entretenir une si grande maison pour 5 jours de retraite annuelle ? Une communauté de prière n’a pas besoin d’une telle maison et pourrait se simplifier la vie en louant un local quand elle en a besoin.  Nous avons finalement pensé que nous étions l’Union de prière de Charmes et pas l’Union de prière tout court. L’Union de prière a refusé d’être hors-sol.


        2 / L’enracinement actuel :

En 2003, le directoire a fait appel au pasteur David Bouillon pour exercer le ministère de permanent qui n’existait pas jusqu’alors et pour faire une thèse sur la pensée théologique du pasteur Louis Dallière. Cette immense travail intellectuel et spirituel est une grande bénédiction pour tous. En plus de cela David a entrepris la rénovation intégrale de Boissier grâce à la générosité des membres de l’Union de prière. Cette transformation de la maison permet l’accueil de groupes d’Eglises ou de familles pendant l’année. Pendant 15 ans, Georgette Giffon puis surtout Emmanuel Vermesse ont habité la maison de Boissier afin de veiller sur elle. Ayant accompli le ministère que l’Eglise m’avait confié, j’ai pris une retraite anticipée de l’EPUdF en 2018 et je suis revenu à Pâques 2019, à Boissier, mon point de départ (de 1993 à 2003, je disais que j’étais à Boissier jusqu’au Retour de Jésus ; j’aurais peut-être dû rajouter ; je mourrai là, à cause de mon péché…). J’habite donc, à nouveau, Boissier avec la bénédiction du directoire qui a prié pour ma vie dans la maison. J’y suis très heureux. Quelques personnes se réunissent le vendredi matin pour célébrer un culte de sainte Cène et prier pour l’Union de prière : « Seigneur, comme Tu sais et comme Tu veux. »
Nous aimons tous Boissier mais la prière de l’U.P. est, avant tout, enracinée dans chacune de nos vies dispersées en France, Suisse et Belgique. En effet notre charte dit : « L’Union de prière ne coupe pas le croyant de la vie quotidienne et sociale, mais le fortifie dans l’accomplissement de toutes ses tâches et le soumet de cœur, en particulier, à l’obligation du travail. Les exigences du métier et les devoirs professionnels définissent la place de chacun ; ils nous protègent contre les spéculations ou les constructions illusoires de notre imagination. » (§ 119). Ceci étant dit, le directoire pense que ce serait une bonne chose que la prière de l’U.P. s’enracine à Boissier de façon plus visible grâce à des séjours brefs et réguliers des membres de la communauté qui en ressentent l’appel.  A chacun d’écouter la voix du Seigneur pour savoir quand il se sentira appelé à y venir quelques jours prier et travailler. Dans les différentes zones nous n’avons pratiquement plus de groupes de prière locaux (§ 90) et, pendant l’année, la Maison de Boissier n’accueille pratiquement pas de retraitants « qui désirent passer quelques jours dans le silence, la solitude, la prière, ou dans l’étude et la recherche spirituelle, dans le sens des quatre sujets de l’Union de prière » (§ 95). La bibliothèque n’est presque pas utilisée.
Au-delà des ressemblances et des différences entre 1980 et 2020, il est utile de méditer, à 40 ans de distance, sur la façon dont le directoire de l’époque, en l’absence du fondateur et de l’école, a posé la question de Boissier (selon un mot de Teilhard de Chardin : « le difficile, ce n’est pas de résoudre un problème, c’est de le poser ») : « Ce qui a commencé il y a longtemps, se poursuivra par la Grâce de Dieu et se donnera l’organe nécessaire à son maintien et à sa transmission. Alors la maison de Boissier trouvera tout naturellement son utilisation par l’épanouissement, dans le corps, de la vie spécifique de l’Union de prière. Nous vous invitons à penser à tout cela (en particulier dans la prière) et à nous faire part de tout ce que vous pourriez recevoir de Dieu à ce sujet. » Cet acte de foi est, à nouveau, le nôtre.


          3 / La racine future et pivotante :

L’avenir est à Dieu. Nous serons, à notre tour, éclairés par la lumière de la proximité du Retour de Jésus, qui est à la fois actuelle et cachée aux hommes, aux anges et même au Fils. Nous nous attendons au Seigneur pour découvrir les choses nouvelles qu’Il veut faire en nous et par nous. En effet le retour aux sources va toujours de pair avec des innovations. La longévité de notre communauté de prière n’est contestée par personne, mais son histoire est loin d’être sans péripéties. L’élargissement du directoire à de nouvelles personnes qui, sans en être officiellement membres, y expriment leur vocation est très prometteur. Nous appelons de nos vœux un nouveau noyau de fermentation
qui, en reprenant le travail des fondateurs, recevra du Seigneur une sorte de ré-engendrement prophétique de notre prière commune. Il faut se rappeler que la vie de notre communauté dépasse, en temps et en envergure, une vie d’homme. Sa durée est son ampleur, tournées vers le Retour de Jésus, ne se laissent pas emprisonner par des mesures à la taille de l’individu.
L’Union de prière est une racine future, en avant de nous et elle est pivotante parce qu’elle concerne toutes les Eglises, tout Israël et toutes les nations. La seule chose que nous pouvons faire avec cette racine sainte qui nous dépasse infiniment, est de choisir la bonne terre où elle pourra croître. Pour cela il faut avoir une assez bonne connaissance des différents terrains où nous sommes enracinés. Nous devons faire attention de ne pas arracher le blé avec l’ivraie. Nous devons aussi refuser de nous bouturer sur le nouveau paganisme ambiant et procéder aux déracinements nécessaires des « valeurs modernes opposées à l’Evangile et qui idolâtrent l’argent, le sexe et l’orgueil de la toute-puissance. » (§ 126) Cette dernière idole n’est pas nouvelle, mais elle prend de nouvelles proportions. Un ami moine m’écrivait ceci dernièrement :


« Depuis vingt siècles les ténèbres ont toujours voulu éliminer les chrétiens, mais aujourd’hui, les forces adverses cherchent à détruire tout simplement l’homme et non plus quelques hommes. Il s’agit d’extirper de la conscience humaine toute référence à la loi naturelle, à l’objectivité du bien et du mal, à la famille et à Dieu, en faisant miroiter la promesse du serpent de la Genèse :« Vous serez comme des dieux…vous ne mourrez pas ». Le transhumanisme ouvre ainsi la porte à la destruction de la nature humaine sous prétexte de l’améliorer. L’homme augmenté deviendra un ‘monstre’. L’homme veut s’affranchir de sa condition humaine de créature et se faire son propre dieu. La destruction de la nature humaine est l’objectif de l’esprit du Mal. Nous parvenons à une phase ultime de l’histoire de l’humanité car une civilisation qui se construit sur l’exaltation de l’Ego au mépris de l’autre ne peut que s’effondrer. Le Seigneur nous invite à reconnaître les signes annonciateurs de Sa venue et à prier en tout temps afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver. Prions en tout temps parce que cela devient de plus en plus nécessaire pour rester debout quand paraîtra le Fils de l’Homme. »
Cette lettre nous rappelle, s’il était nécessaire, combien notre prière des quatre sujets et notre style de vie en résistance à l’antichrist relèvent de l’urgence d’une sorte de service public !  Veillez et priez.

VI – CULTIVER LA RACINE QUI TIENDRA :


La Bible parle du peuple de Dieu ou de l’Eglise au moyen de deux images : la construction et la plantation. Il en est de l’enracinement comme de la parabole du Mont Saint Michel auquel nous nous référons souvent. Il est battu par les flots mais il tient parce qu’il est bâti sur le roc en vue de la prière. S’il était bâti sur le sable il s’effondrerait et « sa ruine serait grande ». C’est dur à entendre dans notre climat de pluralisme et de permissivité mais il n’y a que deux options : le roc ou le sable, une racine et un fondement profonds ou superficiels. Si Jésus et les événements nous enseignent ces choses, ce n’est pas pour nous faire peur mais c’est pour nous éviter la catastrophe, sur cette terre ou au jugement dernier. Nous pouvons entendre un prophète comme Ezéchiel nous dire : « le mur qui sera enduit d’un mauvais mortier s’écroulera» (Ez. 13,11), trouver que c’est une belle image et continuer à enduire le mur d’un mauvais mortier. « Ils disent :’ venez écouter la parole de Dieu’…mais ils ne la mettent pas en pratique…Tu es pour eux comme un chant agréable, une belle voix… mais ils ne mettent pas tes paroles en pratique. » (Ez. 33, 30-33) Il ne suffit pas d’écouter, il faut mettre en pratique pour avoir de bonnes fondations. Aujourd’hui, dans l’immobilier, on est pressé et on ne creuse plus profond pour avoir de solides fondations. Seuls comptent le court terme et la gratification immédiate. C’est de la folie de ne pas aller au fond des choses parce qu’on ne peut pas tenir face à la tempête si on n’est pas enraciné. Que ce soit de notre vivant ou au Jugement dernier, l’épreuve viendra. Jésus promet qu’enracinés en Lui, nous tiendrons. Celui qui est enraciné dans la prière ne pense pas seulement aux épreuves de la vie mais aussi au Retour de Jésus et au Jugement dernier. Pour illustrer mes propos, voici 2 textes sur l’épreuve ; un protestant et un catholique : Calvin écrivait quelque part : « La vraie piété ne peut pas se distinguer de sa contrefaçon tant que l’épreuve n’est pas là ».


Homélie du père R. Cantalamessa le vendredi saint 2020 :« La pandémie du Coronavirus nous a brutalement fait prendre conscience de l’immense danger de l’illusion de la toute-puissance. Il a suffi du plus petit et du plus informe élément de la nature, un virus, pour nous rappeler que nous sommes mortels, que la puissance militaire et la technologie ne peuvent suffire à nous sauver.
Alors qu’il peignait les fresques de la cathédrale Saint-Paul à Londres, le peintre James Thornhill était si enthousiasmé par son travail que, revenant à un moment donné sur ses pas pour mieux admirer sa fresque, il ne remarqua pas qu’il était sur le point de tomber de l’échafaudage dans le vide. Un de ses assistants, terrifié, comprit que s’il criait, il ne ferait qu’accélérer la catastrophe ? Sans y réfléchir à deux fois, il trempa un pinceau dans la couleur et le balança en plein sur la fresque. Le maître sidéré, bondit en avant. Son travail était compromis mais il était sauvé. C’est ainsi que Dieu fait avec nous, il bouleverse nos plans et notre tranquillité, pour nous sauver de l’abîme que nous ne voyons pas. Mais ne soyons pas dupes. Ce n’est pas Dieu qui a balancé le pinceau en plein sur la fresque éblouissante de notre civilisation technologique. Dieu est notre allié, pas celui du virus…Dieu pleure et souffre comme chaque père et chaque mère mais il laisse la liberté à l’homme et à la nature. Il n’a pas créé le monde comme une horloge programmée à l’avance.


Face à cette crise sanitaire les gens de toutes les nations se sentent unis, solidaires. Les barrières de race, de religion, de richesse, de pouvoir sont brisées. Nous ne devrons pas revenir en arrière lorsque ce moment sera passé. Ne permettons pas que toute cette souffrance ait été en vain. C’est la « récession » que nous devons craindre le plus…Après ces jours que nous espérons courts, nous sortirons, des tombeaux de nos maisons, non pas pour revenir à l’ancienne vie comme Lazare, mais à une nouvelle vie, comme Jésus. Une vie plus fraternelle, plus humaine. Plus chrétienne. »

Ne rêvons pas ; nous ne retrouverons pas le monde changé après le déconfinement. Mais je ne peux pas croire que ceux qui ont applaudi le personnel soignant tous les soirs, à 20h et que ceux qui ont déployé des trésors de dévouement et de solidarité pourront oublier la joie de la reconnaissance. Une prise de conscience s’est produite : l’importance de la présence bienfaisante des autres, la valeur inestimable de la reconnaissance et la découverte d’une confiance inébranlable quoiqu’il arrive.


Je veux insister sur l’action de grâces, abordée dans l’annexe de II, 4, grâce à une réflexion juive et à un texte orthodoxe : M. le Grand Rabbin de France Haïm Korsia a dit sur FR2 le jour de Pâques : « Il faut retrouver l’émotion et la joie de la simplicité de nos gestes. C’est ça la vie. »
Mgr Philarète, Métropolite de Moscou, fit trois prédications en 1830, vers la fin d’une épidémie de choléra, (plus de 100.000 morts entre 1829 et 1831) : « Si tu es ressuscitée, sache conserver la vie qui t’est rendue. Si tu es guérie, souviens-toi de la Parole de Celui qui guérit : Voilà que tu es guéri ; ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire (Jean, 5,14) …Qui devrait, semble-t-il, mieux comprendre le haut prix de la vie et de la sécurité que celui qui vient d’échapper au danger de la mort ? A qui est-il plus propre d’être prudent dans sa santé qu’à celui qui a vu ou ressenti l’âpreté de la maladie ? Celui qui est libéré de prison ne doit-il pas plus qu’un autre se garder d’y retomber ? Le pécheur châtié et pardonné n’a-t-il pas pour s’éloigner du péché, une double motivation, deux ailes, le souvenir du châtiment et la reconnaissance pour le pardon ?
En effet, il devrait en être ainsi ; mais que souvent il en est tout autrement ! Celui qui a, à peine,
échappé au naufrage près du bord, s’élance bientôt, sans nécessité, vers l’abîme… Chez combien d’hommes s’est répété le Psaume 78 : « Quand Il les frappait, alors ils le recherchaient ...mais ils lui mentaient par leur langue et leur cœur n’était pas ferme envers Lui… Quelles expériences malheureuses ! Quelle ingratitude ! Quelle absence de raison !


Cité bien-aimée, conserve avec reconnaissance ce qui t’a été donné ; garde-toi du péché de peur qu’il ne t’arrive pire. Ne cessons pas de remplir les bonnes promesses que nous a inspirées ce temps d’affliction. Faisons servir les secours qui nous ont été donnés, à notre utilité, et non à la satisfaction de nos passions et de nos convoitises. C’est ainsi que nous serons reconnaissants envers Dieu qui nous a pardonné. »

PRIERE : Ô ETERNEL, que les peuples sachent qu’ils ne sont que des hommes (Ps.9,21). Tu te souviens que nous sommes poussière (Ps.103,14). La poussière peut-elle te rendre grâces ? (Ps.30,10). Eternel, mon Dieu, je te rendrai grâce toujours. (Ps.30,13)


Date de création : 30/06/2021 @ 11:58
Dernière modification : 30/06/2021 @ 11:58
Catégorie : Enseignements
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