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Biographie - Vie de Louis Dallière par David BOUILLON

  

Louis Dallière (1897-1976), éléments biographiques.[1]

 

David BOUILLON

Extrait de la thèse de doctorat : « Eglise – Baptême – Esprit Saint : la théologie de Louis Dallière »

 

Bien qu’il soit toujours un peu artificiel d’opérer des découpages dans la vie d’une personne, nous pensons qu’il sera utile d’indiquer malgré tout quelques dates charnières, lesquelles correspondent aussi à des tournants importants dans le ministère du pasteur Dallière. Nous distinguerons ainsi trois périodes : 1. les années de jeunesse, 2. la période du Réveil, 3. la fondation et l’enracinement de l’Union de prière.

Fig. 1 : Le pasteur Louis Dallière, fin des années 1960 – Charmes-sur-Rhône

(photo, archives UP)

 

I. 1.1.  Les années de jeunesse (1897-1930).

Pendant de longues années, l’Union de prière dont le pasteur Louis Dallière  fut l’initiateur, resta étroitement liée à l’Ardèche. C’est dans cette région qu’il passa l’essentiel de sa vie puisque tout son ministère eut comme cadre le village de Charmes-sur-Rhône avec les quelques localités voisines qui ensemble formaient la paroisse protestante (Soyons, Saint-Georges-les-Bains, Gilhac et Bruzac). Même arrivé à l’âge de la retraite, L.D. choisit de demeurer sur place, dans la maison de Boissier où l’Union de prière depuis 1946 avait trouvé son ancrage. 

Pourtant, par ses origines familiales et le parcours de ses jeunes années, rien ne laissait présager un tel enracinement ardéchois. C’est loin de la France, à Chicago, aux États-Unis, que L.D. va voir le jour le 4 juillet 1897.[2]

Voici ce qu’écrit l’abbé Thoorens au sujet de ces premières années :            

[63] Son père qui travaillait au Comptoir National d'Escompte s'y trouvait en déplacement. Il avait épousé l'année précédente une anglaise et le mariage avait été célébré dans l'Église Anglicane. Lui-même était catholique, mais sans beaucoup de convictions et plutôt par naissance, la famille Dallière fixée en Anjou depuis 1600, ayant toujours été catholique. Sa femme n'était pas pratiquante non plus mais avait conservé assez de Foi pour apprendre à son fils quelques années plus tard le Notre Père en anglais.

Le pasteur Dallière gardait aussi de son grand-père un souvenir très net car il était mort âgé : c'était un travailleur et un homme de devoir, employé à la compagnie de l’Ouest et qui termina sa carrière à un poste important à la gare St. Lazare. Catholique de religion, non pratiquant, d'esprit plutôt voltairien mais pas fâché sans doute que sa femme, issue d'une famille bourgeoise d'Alençon soit plus pieuse que lui.

[64] Louis Dallière fut baptisé avec son frère cadet, dans l'Église Anglicane en 1901 à Nice où son père avait son nouveau poste. Mais ensuite jusqu'à dix ans on ne se soucia pas d'instruction religieuse. C'est un malheur familial (le décès de sa jeune sœur) qui fut l'occasion de son inscription à l'école du Dimanche.

De Nice la famille était venue à Paris puis à Saint-Germain-en-Laye. Elle s'était agrandie entre temps d'une sœur et de deux nouveaux frères. En 1907 M. et Mme Dallière perdirent leur sixième enfant ; et dans les contacts qu'il eut avec eux à ce moment, le pasteur de Saint-Germain s'inquiéta de l'instruction religieuse des aînés.

Louis fut confié à M. Reyroux puis à son fils Edouard qui exerça sur lui une grande influence. C'est de 1910 qu'il date sa première conversion à Jésus-Christ. Il est reçu dans l'Église Réformée le 26 mai 1912, fréquente l'église de Saint-Germain et devient moniteur de l'école du Dimanche pour les petits. Il lit à ce moment des ouvrages religieux de W. Monod, T. Fallot, G. Frommel. Dans le même temps il est lycéen à Saint-Germain, en section scientifique ; lycéen brillant parait-il. […] Il s'intéresse surtout aux mathématiques qu'il désire enseigner, passe ses 2 bachots [baccalauréats] en 1913-14 et fait math-spé. à Condorcet.

Alors a lieu sa 2e conversion. Il se sent appelé au pastorat. Fin 1915 il entre à la faculté de théologie de Paris. Il en suivra les cours jusqu'en 1921, avec une interruption d'un an qu'il consacre à un service auxiliaire de l'armée.[3] Parmi ses professeurs, […] Il y a Henri Monnier qui donne des cours sur le Nouveau Testament ; Eugène de Faye qui enseigne la patristique ; Adolphe Lods. Il y a surtout Maurice Goguel, très libéral, « très fort, dit M. Dallière, et très objectif sur St. Paul. » […].

Surtout il y avait Wilfred Monod dont L. Dallière fut plus que l'élève, le disciple. […] Auteur de nombreux livres religieux comme « Silence et Prière », dont on a vu qu'avant [65] de le connaître, L. Dallière en avait lu certains. Est-ce que ce sont ses thèses de licence et de doctorat en théologie qui portaient sur : « L'Espérance chrétienne : le Roi », « L'Espérance chrétienne : le Royaume », qui fixèrent aussi son attention sur le Retour du Christ ?

En même temps, il poursuit des études de philosophie à la Sorbonne, et obtient la licence. Bergson semble avoir exercé sur lui une profonde influence, Durkheim également et leurs noms reviendront ponctuellement dans ses écrits ultérieurs. 

En 1921, il fait un voyage à Rome.[4] Est-ce en lien avec le sujet de sa thèse de baccalauréat en théologie intitulée : « Peut-on démontrer que l'Apôtre Pierre est mort à Rome ? ». Il reviendra en 1923 sur cette question dans un de ses premiers articles théologique.[5] Remarquons déjà son intérêt pour la problématique ecclésiologique, puisque dans sa thèse et dans l’article cité, est soulevé un des points centraux du débat entre catholiques et protestants, à savoir le rôle du ministère pétrinien. Même si dans ces premiers écrits L. D. adopte un ton très protestant, il ose une incursion en territoire théologique catholique. Cet intérêt pour la doctrine catholique en annonce bien d’autres au point de le faire soupçonner quelques années plus tard de dérive catholicisante !

La même année 1921, en décembre, il épouse Marie-Caroline Boegner,[6] fille d’Alfred Boegner, Directeur de la Société des Missions Évangéliques de Paris et cousine germaine de Marc Boegner, le futur président de la Fédération Protestante de France (1929-1961) et de l’Église Réformée de France (1938-1950). Par cette union, il entre de plein pied dans le cercle des protestants influents et ces relations lui seront plus tard utiles quand son refus de continuer à baptiser les nouveau-nés ou son soutien au pentecôtisme, un mouvement très peu « Haute Société Protestante » s’il en est, lui vaudront de sérieuses oppositions.

Par le biais de son épouse, c’est aussi avec l’aile « évangélique » du protestantisme qu’il se lie. En effet, la mère de Marie Boegner, Emilie, était fille d'Edmond Dehault de Pressensé et sœur de Francis, journaliste engagé en faveur de Dreyfus.[7] La famille de Pressensé s’était très énergiquement engagée dans la seconde moitié du 19ème siècle dans le débat entre orthodoxes et libéraux, en prenant fait et cause pour les premiers. Faut-il rappeler le contentieux profond entre la faculté de théologie du boulevard Arago et la Société des Missions, située un peu plus haut dans la même rue, quant à la formation des pasteurs et des missionnaires. Voici ce qu’écrit Anne Marcel à ce sujet :

« Naguère, Alfred Boegner préférait que les élèves missionnaires reçoivent leur formation à la Maison des Missions même et non pas à la Faculté de Théologie protestante sur le trottoir d'en face ; un peu plus tard, celui qui devait devenir le grand pasteur de l'Oratoire, A.-N. Bertrand, libéral très intransigeant dans sa jeunesse, rencontra des difficultés pour se faire admettre comme missionnaire, en raison de son refus de toute croyance transmise autrement que par l'action directe et personnelle du Saint-Esprit. »[8]

Quand on connaît l’opposition théologique farouche que L. D. aura envers bien des aspects du libéralisme théologique, on peut se demander si ses liens avec sa belle-famille n’ont pas aussi joué un rôle important ?

Les jeunes mariés quittent bientôt Paris et traversent l’Atlantique pour passer une année scolaire (1922-1923) à l’université de Harvard, aux États-Unis. L. D. y suit notamment les cours du philosophe américain W.E. Hocking.[9]C’est très certainement sur les conseils de son beau-frère, le philosophe Gabriel Marcel, que L. D. avait entrepris ce voyage. G. Marcel avait lui-même suivi les cours de Hocking quelques années auparavant et lui avait dédié son Journal métaphysique.[10] Par ces liens familiaux, par les échanges qu’ils ont suscités, on devine déjà les grands thèmes qui formeront plus tard les axes majeurs de la théologie de L. D. : la place de la théologie par rapport à la philosophie ; la foi qui, bien qu’incarnée dans une tradition confessionnelle particulière, doit malgré tout se laisser raviver sous risque de se pétrifier dans une religiosité sans force. 

Pendant ce séjour américain, il entretient une correspondance avec quelques amis restés en France.[11] Ces longues lettres sont aussi l’occasion de prendre position, de jeter les bases d’une réflexion théologique à venir. Dans ces écrits, on devine un intellectuel qui loin de se laisser emporter par les pensées à la mode, a déjà quelques idées bien arrêtées sur ce qu’est la vocation du chrétien dans une société dont les idéaux se sont fracassés dans les tranchées de 14-18. Jacques Serr dans son étude sur la pensée de L. D. telle qu’elle s’exprime dans ses écrits de jeunesse, cite ce passage d’une lettre à Pierre Ducros[12] :

« Ce que j’ai en vue surtout, c’est une réhabilitation de la pensée religieuse que je souhaite de tout mon cœur. Comment collaborer à cette œuvre d’une manière efficace, c’est une autre histoire. Il me semble que deux tâches se présentent, étude sur la nature de la pensée, étude sur la nature de l’Église, ou, si tu veux, le Christianisme considéré comme une Église. C’est par ce dernier bout que je commence » (Lettre du 1er avril 1923).[13]

De retour en France, et ayant achevé sa formation théologique, l’heure semble venue d’entrer dans le concret du ministère en paroisse. Mais L. D. hésite : ne devrait-il pas prolonger d’une année ses études philosophiques ? Il s’en ouvre dans une autre lettre à son ami Pierre Ducros (janvier 1923).[14] Pourtant à l’automne 1924, il rejoint la paroisse de Charmes-sur-Rhône en Ardèche (avec la charge des villages voisins : Saint-Georges-les-Bains, Gilhac et Bruzac, Soyons). En janvier 1925, il y est consacré pasteur,[15] et nommé officiellement comme pasteur de l’Église Réformée Évangélique de Charmes-sur-Rhône.[16] Voici ce qu’il écrira quelques années plus tard sur les débuts de son ministère :

« Les certitudes de la Foi étaient grandes en moi, la pensée était heureuse, le cœur ne l'était pas encore. Au contact d'une paroisse de campagne la morsure de la tristesse grandit beaucoup dans mon cœur sans que j'en connusse bien la cause. Je fus à ce moment je crois, ce qu'on appelle un bon pasteur… mais la soif de communion parfaite avec les âmes n'était point étanchée. Chercher l'absolu dans une Église où tout est relatif, c'est heurter les âmes et se heurter à leur prudence avisée qui ne se livre pas. Chercher cet absolu sans connaître le Baptême du St. Esprit c'est se condamner à être empêtré dans des déceptions de toutes sortes. Dieu m'aida encore ici par des lectures... Je recherchai dans toutes les confessions chrétiennes les lectures qui parlaient de l'union de l’âme à Dieu, de la plénitude de la joie et de l'amour des âmes entre elles dans la vraie Église du Christ. »[17]

Les quatre années qui vont suivre, en plus du travail quotidien d’un pasteur de paroisse rurale, le verront aussi poursuivre sa réflexion théologique et rédiger une quarantaine d’articles de longueur et d’intérêt très variables (voir la bibliographie). Outre des articles de circonstances comme des recensions de livres ou ses réactions à certains événements touchant à la vie protestante, il creuse deux veines théologiques principales : une réflexion ecclésiologique liée à un renouveau de la spiritualité ; une critique du rôle délétère qu’a joué pour lui la philosophie kantienne (ou néo-kantienne) sur la théologie protestante du 19e siècle en la déconnectant du réel, qu’il soit celui de l’existence concrète ou du monde invisible.

Pendant cette période, on notera sa collaboration au journal protestant de droite La Vie Nouvelle, (de septembre 1925 à janvier 1928).[18] Certes, ce n’était un secret pour personne que le pasteur Dallière n’avait pas de sympathie pour ce que l’on désignait alors par « la gauche » (pour beaucoup, liés à la mouvance des radicaux-socialistes), même si de grandes figures protestantes s’en réclamaient.[19] Lui-même affichait parfois ses options royalistes (il semble qu’il ait été abonné au journal Sully, publication des royalistes protestants).[20] Mais à la différence des nombreuses plumes protestantes qui s’exprimèrent dans ces publications, L.D. ne céda pas aux sirènes de l’antijudaïsme, encore moins de l’antisémitisme.[21] Avec le recul, lui-même semble avoir considéré cette collaboration comme un engagement malheureux voire regrettable, car apparemment, ces écrits furent par la suite complètement ignorés de tous ceux qui côtoyèrent L.D.[22] Soulignons que ces articles n’ont rien de politique[23]mais portent sur l’ecclésiologie et la question de l’unité, sur la philosophie et également sur le Réveil de la Drôme (les « Brigadiers »). Ces écrits sont donc dans la ligne des autres textes qu’il rédige pour des revues ou des journaux moins polémiques.[24]

Si ces publications le font connaître en dehors de l’Ardèche, elles contribuent aussi à affirmer son aura auprès de ses collègues pasteurs. Comme l’écrivent F. Lovsky et J. Serr : 

« Très vite son autorité, son éloquence, sa compétence théologique, son sérieux pastoral exercent une certaine influence. »[25]

Cet avis est confirmé par le pasteur Henri Schaerer :

« Il y avait aussi, à Charmes, un jeune pasteur nommé Louis Dallière ; on le disait fort savant : n’était-il pas en train de préparer une thèse de doctorat consacrée à un philosophe américain nommé Hocking !.. Je vous avoue qu’il m’intimidait beaucoup !... »[26]

Alors qu’il est plongé dans ses réflexions sur l’avenir de l’Église et la pertinence de son ministère, et alors que dans la vallée de l’Eyrieux voisine, plusieurs pasteurs cherchent dans la prière les directions pour un renouveau spirituel, éclate de l’autre côté du Rhône un mouvement de réveil qui très vite fait grand bruit. On l’appellera bientôt le mouvement des « Brigadiers de la Drôme ».[27] Dans une région où comme ailleurs, le protestantisme était sinistré et où de nombreux temples tombaient en ruine, voilà qu’en quelques mois des foules se pressent pour écouter la petite équipe des pasteurs et répondre à leur appel à une vie d’engagement à la suite du Christ. C’est une véritable résurrection d’entre les morts et même si dans les articles qu’il consacre à ce mouvement pour le journal La Vie Nouvelle, L. D. reste prudent, sa bienveillance est malgré tout évidente :

« Nous ne sommes pas de ceux pour qui toute la religion se réduit à la conversion brusque et au Réveil méthodiste. Les méthodes traditionnelles de l’Église chrétienne et ses dogmes nous sont trop chers pour en rien sacrifier. Mais il nous semble précisément que quiconque veut la grandeur de l’Église réformée de France doit éprouver une ardente sympathie pour un mouvement comme celui de la Brigade de la Drôme. »[28]

À cette époque de sa vie, il semble que L. D. soit encore convaincu que la bataille pour l’Église se gagnera sur le plan d’une réforme de la pensée théologique :

« Ainsi, contrairement à ce qu’on a beaucoup dit, c’est sur le terrain de la pensée que se livrent au XXe siècle les batailles décisives pour ou contre, le christianisme en France. Une victoire complète de la conception laïque du monde marquerait la ruine définitive de nos Églises protestantes. Il n’est pas question de se rattraper sur le terrain de la pratique, du sentiment ou de l’expérience. Une fois que l’adhésion est donnée à l’erreur, l’âme est perdue pour le Christ. »[29]

Mais avec lucidité, il pressent que c’est d’abord au plan de ses idées personnelles que le travail doit commencer. En même temps, dans la France de l’entre-deux guerres, L. D. affiche une sympathie intellectuelle pour ces courants qui prônent un ressaisissement général de la société et revendiquent l’idée d’une vocation civilisatrice de la France. On ne s’étonnera donc pas de retrouver plusieurs fois sous sa plume le nom de Charles Maurras, bien que ce dernier ait souvent assimilé les protestants à ces deux groupes qu’il déteste, à savoir les Juifs et les francs-maçons. La référence fréquente et durable (notamment dans la Charte de l’Union de prière) à Charles Péguy, certes une personnalité moins controversée que Maurras, semble corroborer cette impression que donnent certaines prises de position du pasteur de Charmes quant à la nécessité d’un renouveau général de la société, renouveau qui devrait également toucher l’Église protestante de France.

Mais peu à peu, L. D. relativise l’importance de l’influence de la seule théologie, même la plus biblique et orthodoxe, sur les mentalités religieuses. Attentif depuis ses études en théologie à la vie spirituelle personnelle (nous avons déjà signalé l’influence de Wilfred Monod et du mouvement des Veilleurs) il s’intéresse aux mouvements de sanctification et de réveil anglo-saxons. Le méthodisme et sa branche si étonnante qu’est l’Armée du salut alors en pleine expansion en France, reçoivent de sa part un accueil bienveillant. C’est que ces mouvements, comme celui des Brigadiers, n’ont pas peur d’en appeler à une expérience personnelle et concrète du salut. Rappelons que L. D. n’est pas, comme beaucoup de ses paroissiens ardéchois, un Réformé de naissance. Il est un protestant par « nouvelle naissance », par conversion. Cette importance d’une expérience personnelle indique combien il y aura toujours chez lui quelque chose de pascalien, au sens où le grand philosophe a pu l’écrire dans son Mémorial : « Feu,… Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants… ».

Dans un de ses articles sur les Brigadiers de la Drôme, il l’exprime sans détour :

« C’est une action actuelle, directe, du Saint-Esprit qui nous sauve. Il faut être pris, conquis personnellement, par Dieu. On ne devient membre de l’Église que par un baptême d’Esprit-Saint. »[30]

Cette attention à l’action de l’Esprit-Saint prépare la suite du cheminement personnel de L. D. Lui-même dans un article déjà cité du journal Esprit & Vie, témoigne qu’il a demandé et reçu, étant seul dans le temple de Charmes, le « baptême du Saint-Esprit ». 

« Au cours d’un voyage, je tombai sur un opuscule de Torrey. Ce fut cet auteur qui m’enseigna le baptême du Saint-Esprit. […] J’étudiai les conditions posées par Torrey pour recevoir le baptême du Saint-Esprit ; et, sans rien demander à personne, je m’enfermai dans mon temple, je sondai mon cœur et je saisis la promesse par la foi.

Il ne se passa rien, en apparence. Mais je fus conduit de transformation en transformation intérieure. L’incrédulité en moi me fut révélée bien plus profonde que je ne la soupçonnais. C’est dans cette période que je compris, par une sorte de révélation, qu’en accomplissant le plus consciencieusement possible le ministère d’un bon pasteur, je n’étais pas forcément dans le plan de Dieu. Souvent, au contraire, j’endormais, par mon zèle, les âmes, dans des formes qui n’avaient plus, pour elles, aucun rapport avec l’Évangile. C’est dans cette période aussi que je subis fortement l’influence de Finney, et que j’appris l’existence de M. Jeffreys et du mouvement de Pentecôte.

Bref, entre la prière pour le baptême que m’avait enseigné Torrey, et son exaucement, s’écoula une sorte d’attente active, qui devait durer près de vingt mois. Je ne les regrette pas, car Ils furent féconds et bénis. […] On commence souvent à demander le baptême du Saint-Esprit, sans avoir sondé tout ce que cette demande implique. »[31]

Même s’il ne donnera jamais beaucoup de détail sur cette expérience, elle prépare la période suivante qui sera celle de l’engagement dans le Réveil.

 

I. 1.2.  La période du Réveil (1931-1939).

Suite à ce qu’il a vécu dans le temple de Charmes, mais aussi parce qu’avec plusieurs collègues de la vallée de l’Eyrieux, il est à l’affut de tout ce qui pourrait contribuer à un renouveau de la vie spirituelle des paroisses, en janvier 1932, L. D. se rend à Privas pour écouter l’évangéliste pentecôtiste Douglas Scott.[32] C’est le pasteur Samuel Delattre,[33] de l’Église libre, qui l’a invité pour une réunion de réveil. Interpellé par la prédication de Scott, L. D. demande l’imposition des mains en vue du don de glossolalie.

« Je m’agenouillai dans une réunion où il imposait les mains, selon le Nou­veau Testament, pour le baptême du Saint-Esprit. Environ une semaine après, une nuit, étant seul au presbytère,... Il y a ici un mystère sacré. »[34]

Très vite, L.D. a à cœur de défendre le message pentecôtiste, même s’il ne partage pas son ecclésiologie souvent schismatique.[35] En avril 1932, en compagnie de D. Scott et du pasteur Bernard de Perrot, il participe aux journées pastorales de Nîmes où il expose les grandes lignes du nouveau mouvement. Quelque mois plus tard, il écrit un article pour la revue Le Semeur (novembre 1932) centré sur l’histoire du Mouvement de Pentecôte. Dans la foulée, il rédige D’aplomb sur la Parole de Dieu, une brochure où après un aperçu historique sur les antécédents de ce réveil, il présente le Pentecôtisme autour des quatre grands slogans : Jésus sauve, Jésus baptise du Saint-Esprit, Jésus guérit, Jésus revient.[36]

À l’été 1932, L.D. visite Elim, l’œuvre du pasteur Georges Jeffreys à Londres.[37] L’Angleterre n’offrait-elle pas cette particularité d’avoir su concilier mouvements spirituels novateurs avec un certain respect des traditions ? Ainsi, le méthodisme dont le rôle en France à la fin du 19ème siècle fut si important, était un mouvement qui par certains côtés annonçait le Pentecôtisme tout en se voulant dans un premier temps respectueux de l’Église anglicane. Il y aura ensuite l’Armée du Salut, dont plusieurs officiers s’ouvriront à la prédication du baptême dans le Saint-Esprit.[38]On ne doit pas oublier non plus, le rôle important joué par le réveil du Pays de Galles vers les années 1904.[39] De nombreux échos en parvinrent en France, notamment par le biais de Ruben Saillens, et contribuèrent à raviver l’aspiration à un renouveau de la vie spirituelle. Il était donc logique de chercher outre-manche des idées et une expérience pour éviter que le Réveil de l’Ardèche ne soit qu’un feu de paille sans lendemain. On en retrouve la trace dans les nombreux articles traduits de l’anglais qui jalonneront la publication d’Esprit & Vie.

Avec d’autres pasteurs protestants, éduqués comme lui dans les facultés de théologie d’inspiration réformée, il pense que le pentecôtisme est une réponse providentielle aux besoins spirituels du temps. Par contre, quand en Ardèche et en Drôme, certains pasteurs protestants passent avec certains paroissiens au mouvement de pentecôte - et même parfois avec les bâtiments -, il exprime son désaccord. Les églises protestantes ont avant tout besoin d’un renouveau de la foi pas d’une nouvelle division. À cette époque, en effet, les différentes branches du protestantisme français ont amorcé un travail de rapprochement en vue de restaurer l’unité synodale.[40]

Mais cet attachement à l’église protestante tout en adoptant la spiritualité pentecôtiste, n’est toutefois pas évident. Le mouvement des Brigadiers a désavoué avec virulence les idées véhiculées par D. Scott. Pour d’autres protestants, le pentecôtisme rappelle les excès de certains des prophètes cévenols du 18ème siècle. Les soi-disant manifestations du Saint-Esprit ne seraient qu’une nouvelle expression d’un enthousiasme débridé et cause d’un nouveau fanatisme.[41]

Dans un premier temps, l’Église protestante (faut-il rappeler les liens étroits de L. D. avec Marc Boegner ; il était également en bons termes avec Pierre Maury, un des initiateurs du barthisme en France) garde sa confiance au pasteur Dallière malgré la position très claire qu’il a adoptée sur le pentecôtisme. 

« En mai 1932, le Synode national de Grenoble de l’Église Réformée Évangélique nomme, L. Dallière chargé de cours en théologie pratique à la faculté de théologie de Montpellier, en remplacement du Doyen Léon Maury décédé. L. Dallière écrit aux autorités ecclésiastiques et à celles de la faculté pour exposer ouvertement sa position par rapport au réveil pentecôtiste (voir Le Christianisme au XXe siècle, 23 et 30 juin 1932). Pour prévenir d’éventuelles difficultés, il propose qu’après deux années, la faculté décide s’il faut ou non prolonger son enseignement. Devant les oppositions, L. Dallière ne maintient pas sa candidature à la chaire de théologie pratique, et se contente d’assurer l’intérim en 1932-1933. Il donne deux cours, l’un sur la doctrine de l’Église, l’autre sur la Paroisse. »[42]

Face à ces difficultés à être acceptés au sein du protestantisme classique, ceux qui veulent malgré tout rester fidèles à leur Église et qui espèrent toujours son renouveau, préfèrent provisoirement s’organiser en réseau.[43] Des conventions sont organisées en Suisse, en Belgique, en France où les pasteurs de différentes dénominations, notamment des baptistes, mais tous acquis au « baptême de l’Esprit », se retrouvent pour s’encourager et réfléchir à l’avenir du mouvement. En 1934, il participe au Havre, à la quatrième Convention pentecôtiste,[44] et y rencontre Thomas Roberts, fils du Réveil du pays de Galles, qui deviendra son disciple et ami en rejoignant dès les débuts l’Union de prière.[45]

À cette époque, il est probable que L.D. ait pu songer à changer de poste pastoral. On sait qu’il a reçu des appels d’autres paroisses. Pourtant, il reste pasteur à Charmes et maintient son engagement avec le réveil. En Ardèche, plusieurs pasteurs se sont organisés pour donner un cadre formel à des rencontres. Une maison est même achetée dans le village de Chalencon, près de Vernoux, pour accueillir des rencontres.[46] A Charmes, la paroisse investit dans de nouveaux locaux à côté du presbytère pour accueillir les personnes nombreuses qui participent aux réunions.[47]

Mais tout le monde ne peut pas rejoindre les lieux où le réveil se vit. Un journal permettrait de relier entre eux ceux qui vivent désormais une spiritualité renouvelée. C’est le pasteur de l’église de Pâturages (Belgique), Henri de Worm, qui va offrir cet outil. Lui aussi a été convaincu en 1931 par la prédication de D. Scott. Depuis, a lieu dans la paroisse un puissant réveil qui draine des centaines de mineurs et d’ouvriers vers le temple. Le journal local, né de ce réveil, Esprit & Vie [48] propose des études bibliques, des témoignages, des réflexions plus théologiques qui veulent apporter aux nouveaux convertis toutes les bases à une foi solide. En accueillant les contributions des pasteurs francophones engagés dans le réveil, il devient une publication de plus grande ampleur. Il y a plusieurs milliers d’abonnés en Belgique, en France et en Suisse, et le pasteur Dallière, à partir de mars 1933 et jusqu’en avril 1939, contribue à chaque numéro mensuel par un ou deux articles. Pendant cette période, ce sera d’ailleurs le seul journal où il écrira encore. Est-ce lui-même qui a renoncé à publier dans d’autres journaux ou revues, ou est-ce en raison de son soutien au Pentecôtisme que certaines portes lui furent dès lors fermées, difficile de le dire ? 

Soulignons aussi le rôle que le pasteur de Worm jouera dans la compréhension que L. D. aura bientôt du baptême. En opposition à l’usage traditionnel des églises protestantes de Belgique, usage hérité de Calvin, de Worm, sous la pression de nombreux paroissiens d’origine catholique qui veulent recevoir l’immersion, annonce qu’il encourage désormais les baptêmes de convertis (le baptême des enfants par aspersion est maintenu si les familles le demandent). Soutenu par la paroisse, il est désavoué par le Synode. S’en suit une longue procédure où se révèlent les profondes divergences entre un protestantisme plus traditionnel et un protestantisme marqué par le réveil et l’affirmation d’une foi confessante.[49]

Pour les mêmes raisons pastorales, L. D. s’interroge lui aussi sur ce sacrement. Sans jamais contester comme le firent les mouvements baptistes ou anabaptistes, la pertinence d’un baptême demandé par des parents chrétiens pour leur enfant, ce qui le gêne de plus en plus, c’est le formalisme de cette pratique qui n’est plus que le vestige d’un attachement sociologique à la foi. Dans une société qui a rompu avec la chrétienté doit-on continuer cette pratique systématique du baptême des petits enfants ? Pour L.D. la réponse sera « non ». En adoptant cette position théologique et pastorale, il se met aussi au ban de l’Église protestante en France. Il est désavoué par la Commission permanente (14 février 1935) puis par le Synode national des Églises réformées évangéliques (1935) qui rappellent aux pasteurs que le baptême des enfants est obligatoire. C’est uniquement grâce au soutien de son Conseil presbytéral qu’il peut continuer à exercer un ministère en paroisse. Commence une longue période de discussions à tous les niveaux de l’Église protestante. Le fait que Karl Barth ait aussi publié en 1943 un texte où le pédobaptisme est remis en question, apportera des arguments à ceux qui comme L.D. veulent une autre approche pastorale de ce sacrement.[50] Ce ne sera qu’au synode national du Chambon-sur-Lignon (1951) que la question sera enfin réglée en offrant aux pasteurs objectant en conscience à la pratique du baptême des enfants la possibilité de proposer aux parents une liturgie de présentation. Mais nous reviendrons en détails sur cette question dans un autre chapitre.

Mais indépendamment de toutes ces questions théologiques qui ne concernent pas beaucoup les fidèles, le réveil poursuit son œuvre. C’est aussi pendant les années 1930 que L.D. entre en contact avec quelques personnes d’origine juive. Lui qui, quelques années auparavant, semblait si proche des milieux de droite et également des idées de Maurras, le voici qui découvre la réalité concrète d’Israël. C’est sans doute aussi au travers de ses échanges avec de nombreux acteurs du réveil, que son approche de la question juive va changer. Si on se réfère par exemple au journal Esprit & Vie, on y constate un grand intérêt pour les prophéties et notamment celles qui concernent Israël. Très vite cependant, L.D. se méfiera des schémas trop rigides dans lesquels certains voudraient couler le calendrier des événements à venir. Fadiey Lovsky l’exprime très justement : « (il) ne réduisait pas la "conversion" des Juifs à l’une des pièces qui seraient nécessaires à un puzzle eschatologique ».[51] Mais dans ce milieu de croyants fervents soucieux de discerner dans les événements du monde l’avancement du plan de Dieu, la question juive joue un rôle important. Il est indéniable, pour reprendre l’expression de Patrick Cabanel, qu’il y a entre les protestants des pays francophones et les Juifs, des « affinités électives ». Alors que dans d’autres journaux, même d’inspiration chrétienne, les Juifs sont présentés de manière caricaturale, Esprit & Vie s’intéresse au sort des Juifs, notamment dans l’Allemagne nazie. Les lecteurs sont informés des développements du sionisme et de la situation en Palestine.

Confronté à la question juive sous l’angle du Réveil, L.D. y répondra cependant d’une toute autre manière, et bien plus originale. N’oublions pas que la grande question qui l’a occupé pendant les années 1920 était celle de l’Église et c’est donc par l’ecclésiologie qu’il va aborder la question des Juifs et d’Israël. Un premier article « Église de Réveil et Judaïsme »,[52] ne se détache pas vraiment d’une compréhension classique du judaïsme assimilé à une religion formelle et légaliste. Religion transmise par la naissance, il y manque, selon l’auteur, ce qui fait la force du Réveil : une expérience de « nouvelle naissance », de conversion. Comme nous l’avons signalé auparavant, Jacques Serr souligne ce que cette vision a d’injuste et de restrictif. Pendant toute l’année 1934, L.D. commente la lettre aux Ephésiens et à de nombreuses reprises, il souligne que le mystère de l’Église c’est de rassembler en son sein le Juif et le non-Juif. En 1936, dans une série de douze études sur le « Retour de Jésus », il affirme : « le peuple élu est le peuple juif »[53], et plus loin « la Palestine est une terre élue »[54]. Quand on se souvient de la virulence des attaques antisémites en France pendant les années trente, on est ému de lire une phrase comme celle-ci : « Les patries terrestres, les gouvernements, les puissances temporelles, seront jugées d’après leur attitude envers les Juifs ». Une révolution s’est visiblement opérée dans la pensée de l’auteur. Tout n’est pas parfait si l’on en juge par nos critères d’aujourd’hui, mais quelle évolution et quel courage dans le contexte de l’époque !

La première personne juive qui va se lier au pasteur Dallière, est une jeune femme issue d’une famille de réfugiés russes. Elle s’appelle Anne Trachtenberg, mais à Charmes où elle viendra s’établir dans les années 1930, tout le monde l’appellera « Doucia ». Voici ce qui fut rédigé à son sujet au moment où elle fêtait ses cent ans :[55]

« (Arrivée à Paris) Doucia va à l’école, puis au lycée […]. Elle se lie d’amitié avec une jeune fille protestante, Alice Rohr, fille de pasteur qui fait partie des éclaireuses unionistes. Doucia a envie de tenter elle aussi l’aventure scoute et ses parents sont d’accord. Pendant les vacances d’été, un camp est organisé à Saint-Georges-les-Bains (près de Charmes), et le dimanche, les éclaireuses vont au culte. C’est à cette occasion que Doucia rencontre le pasteur Dallière, dont les paroles la frappent. De retour à Paris, elle réfléchit à sa foi juive, se pose des questions, discute avec son amie chrétienne.

Puis c’est l’université : elle y étudie la philosophie. […] Vers cette période, son amie Alice décède, ce qui constitue un grand choc pour Doucia. Elle-même tombe malade. On craint la tuberculose et on l’envoie à Briançon, au sanatorium Chantoiseau. Il y a là une toute jeune infirmière, passionnée par son métier, très proche de ses malades, qui elle-même a été en contact avec le Réveil de l’Ardèche et le pasteur Dallière. C’est Mlle Yvonne Jean. Un cheminement s’opère en elle, accompagné d’échanges épistolaires avec le pasteur Dallière, et elle décide de demander le baptême (mais elle ne reniera jamais ses racines juives). C’est un choix difficile car son père lui a fait comprendre que si elle persévérait dans ce choix, il couperait toute relation avec elle. […] Venue vivre à Charmes, elle rejoint la petite communauté qui s’est constituée autour du pasteur Dallière et de son épouse. Ce sont les années du Réveil, marquées par la prédication pentecôtiste. L’Union de prière n’existe pas encore. Doucia trouve un emploi comme secrétaire de mairie. Elle aide aussi bénévolement pour le secrétariat de la paroisse ».

En 1936, c’est un jeune homme juif, originaire d’Algérie qui fait le voyage jusqu’à Charmes pour rencontrer le pasteur L. D.. Ce garçon de dix-huit ans, André Chouraqui, deviendra plus tard célèbre pour sa traduction de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) et du Coran, mais alors il cherche encore sa voie. C’est aussi l’infirmière Yvonne Jean qui dans son zèle à témoigner du réveil, lui a parlé du pasteur ardéchois. Dans son autobiographie,[56]Chouraqui écrira longuement sur cette rencontre qui, entre autre résultat, le poussera à renouer avec la spiritualité juive. 

« Le discours de Louis Dallière provoqua en moi une sorte d'illumination : l'héritage de mes pères n'était pas aussi nul que j'avais pu le penser un instant, aussi insignifiant que l'enseignement de tant de rabbins et de publicistes ne cessaient de le décrire. […] Yvonne, Dallière et tant de mes amis nouveaux me donnaient l'exemple de ce que pouvait être une vraie recherche de Dieu, une véritable incarnation d'un absolu d'amour dans une existence terrestre, un service gratuit du prochain, plus particulièrement des plus pauvres d'entre les humains. Cet exemple serait à jamais présent en moi, même si je devais décevoir leur espoir de me voir devenir chrétien, protestant et membre de l'église de Charmes. Pour moi, je le voyais clairement, je me serais, à coup sûr, fourvoyé dans cette voie. Le chemin étroit et difficile était ailleurs ».[57]

Dans les années qui suivront, des contacts ponctuels auront encore lieu, notamment pendant les années de la guerre 1939-45 où A. Chouraqui, engagé dans la résistance et le sauvetage d’enfants juifs, trouvera un soutien auprès de L. D. et d’autres pasteurs soucieux d’aider les Juifs traqués par Vichy ou la Gestapo.[58]

Tout ceci, nous amène à dire un mot sur la fin de cette deuxième période de la vie du pasteur Dallière, et qui coïncide avec les années 1939-1945. Dès le printemps 1939, L. D., prévoyant les difficultés à venir annonce, mais sans donner d’explication circonstanciée, qu’il cesse sa collaboration au journal Esprit & Vie.[59] Le verset qu’il cite et qu’il reprendra à de nombreuses reprises souligne combien le temps qui s’ouvre devant lui est un temps d’enfouissement et de mort : « Amen, amen, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:24). Voici ce qu’en a dit le pasteur de Richemont :

Voici donc la guerre ... Dans les mois qui l’ont précédée, maintes fois, dans des réunions de prière, des messages prophétiques ont annoncé l’approche d’un temps de mort qu’il fallait accepter ; certains de ces messages parlaient même de « temps de famine » (ce qui semblait fort étrange à l’époque...). Si bien que, lorsque la mobilisation appelle sous les drapeaux en septembre 1939 M. Dallière, M. Eldin, M. Bost, alors président du Consistoire de l’Eyrieux, et beaucoup de Conseillers presbytéraux, nous comprenons que ce « temps de mort » du Réveil, annoncé prophétiquement, est arrivé. En temps de guerre on ne construit pas, -c’est le temps de la patiente persévérance, de l’attente. Le dessein de Dieu est bien voilé…[60]

Pendant ces six années, le travail de méditation théologique de s’arrête pas. En octobre 1941, à la demande du pasteur Marc Boegner, les pasteurs de l’Eyrieux sont réunis à Saint-Laurent-du-Pape pour écouter un exposé du pasteur Dallière sur les chapitres 9 à 11 de l’Epître aux Romains.[61] C’était une façon habile d’aborder la question juive sans éveiller trop de soupçons. Et même si un grand nombre de protestants manifestèrent leur soutien aux Juifs pourchassés par le nazisme, la propagande antijuive relayée par l’extrême-droite française et appuyée depuis la capitulation par le régime de Vichy entraînait que les prises de position en faveur des Israélites n’étaient pas sans risques.[62]

Cette conférence reflétait le travail que L.D. avait entrepris pour comprendre les racines de l’antisémitisme dans la culture européenne. Comme nous l’avons évoqué, ses orientations politiques s’inscrivaient dans la mouvance de la droite française, laquelle dans ses formes extrémistes était clairement antisémite. Faut-il rappeler ici l’impact de l’affaire Dreyfus ? Etonnamment, cet aspect raciste et antijuif de nombreux politiciens et intellectuels de droite heurte les convictions spirituelles du pasteur Dallière. On le devine dans la correspondance intense qu’il entretient avec Mademoiselle Henriette Matthieu, laquelle lui déniche livres et articles tournant autour de ce que l’on appelle alors communément « la question juive ». Quand il n’a pas le temps de les lire, elle lui prépare des résumés détaillés ou lui suggère de nouvelles pistes de lectures.[63]

Mais plus encore que cette réflexion sur la place d’Israël, le pasteur Dallière mûrit secrètement un autre projet : celui de rassembler dans un cadre communautaire et autour d’une intercession centrée sur quelques sujets précis, celles et ceux qui avec lui avaient participé à l’élan du réveil. L’aboutissement ce sera en 1946, la rédaction de la première Charte[64] et quatre réunions préparatoires à la fondation de l’Union de prière.

 

I. 1.3.  La fondation de l’Union de prière et du Cours Isaac Homel (1946-1976).

La guerre s’est terminée et beaucoup découvrent l’ampleur des ravages commis, notamment le sort réservé aux Juifs dans les camps de la mort. Mais l’heure est aussi à la reconstruction, au redémarrage de tout ce que les années de la guerre avaient mis en veille. Il en va de même pour le pasteur Dallière et la paroisse de Charmes. Ainsi, dès la fin de la guerre, deux grands projets vont naître et se développer : le Cours Isaac Homel et l’Union de prière.

Le Cours secondaire privé « Isaac Homel » – du nom du pasteur de Soyons martyrisé sur la roue à Tournon en 1683 – accueillait de la 6ème à la 3ème des externes et des internes et permettrait aux enfants des pasteurs et des membres des églises d’Ardèche de ne pas aller en pension dans les lycées des environs.[65] Il y avait aussi le souci de transmettre à cette nouvelle génération ce qui avait été vécu dans le Réveil d’avant-guerre et de protéger les enfants de l’influence morale, jugée souvent négative, des internats. Le collège reposait donc sur un projet très clairement chrétien et protestant et il était destiné en priorité aux enfants de l’Ardèche.

La première promotion, en 1945-46, ne réunit que quatre élèves, dont Madeleine, la fille adoptive des Dallière, un fils du pasteur Rozier de Boffres et deux autres enfants du village de Charmes. C’est surtout à partir de 1947-48, que l’école commence à se développer.[66] Entretemps, un vaste bâtiment a été acheté pour héberger l’internat des garçons et loger quelques professeurs. C’est une ancienne filature adossée aux bords du torrent de l’Embroye, la maison dite de « Boissier » (dessin à la plume, Jacques Serr, archives UP). 

Fig. 2 : La maison de « Boissier », siège de l’Union de prière

Pour éviter que ne se reproduise l’incident de Chalencon (voir note 62), le pasteur Dallière demande à l’Église Réformée nationale de recevoir le titre de propriété en échange de quoi tous les travaux et l’entretien seront pris en charge par l’Union de prière.

Pour l’aider dans l’accueil des enfants et la dispensation des cours, le pasteur Dallière s’appuie sur une petite équipe, essentiellement des jeunes filles qui. Citons René Schaerer :

« depuis le Réveil de l’Ardèche, … avaient décidé de consacrer leur vie au service de Dieu. Parmi elles se trouvait Mademoiselle Marthe Dorne, originaire de Vernoux, qui accepta d’être la maîtresse de maison de Boissier. Je ne sais pas quelle était sa formation initiale ; ce que je sais c’est que, dans sa Bible, en regard du verset de Matthieu 19/27 [67], elle avait écrit au crayon : "Boissier". Ce qui veut dire qu’en acceptant ce que lui demandait M. Dallière, elle renonçait à tout projet personnel, et faisait pratiquement, sans que cela soit dit, les trois vœux monastiques de célibat, d’obéissance et de pauvreté. Mademoiselle Dorne faisait tout dans la maison, de la cuisine au ménage. Elle était aussi attentive à notre santé, à notre propreté et à la manière dont nous nous habillions. 

Elle était aidée, mais de façon partielle, par plusieurs personnes dont Madame André, Madame Vésian et Mademoiselle Léa Fougier, elle-même Assistante de paroisse à Charmes aux côtés de Mr. Dallière. Il y avait aussi Mademoiselle Chastagnier, qui était institutrice à Saint Georges et venait donner un coup de main à Boissier quand elle le pouvait ; il y avait aussi Mademoiselle Merle,  Mademoiselle Mours et parfois d’autres personnes dont le nom m’échappe. ...

La direction de la pension de Boissier où étaient logés les garçons était confiée au Pasteur Marc Eldin, tout jeune encore ; il avait été prisonnier de guerre en Allemagne pendant la guerre et il exerçait aussi à Charmes un ministère pastoral aux côtés de Monsieur Dallière. … Monsieur Eldin [appelé au lycée du Chambon-sur-Lignon], fut remplacé à Boissier par Monsieur Serr, qui venait de Fives-Lille, une église du Nord où avait eu lieu, également avant la guerre, un Réveil autour du Pasteur Nick. 

Le corps professoral était composé de Mademoiselle Violette Laplace, professeur de français et de latin ... Elle portait en elle un très profond souci œcuménique.

Mademoiselle Rose Jourdan était institutrice de formation et était le professeur de la classe de sixième, mais passionnée par la nature, elle enseignait aussi, sauf erreur, les sciences naturelles dans d’autres classes. … Mademoiselle Doucia, de son vrai nom Anne Trachtenberg, avait été cachée par Monsieur et Madame Dallière comme beaucoup d’autres personnes juives pendant la guerre. Elle enseignait l’allemand et l’histoire et la géographie dans les petites classes. …

Madame Dallière était le professeur de la classe de quatrième. Elle enseignait je crois le français, la musique, - avec un gramophone ! – et l’anglais. Monsieur Dallière outre la charge de la paroisse de Charmes où il prêchait presque tous les dimanches, était le Directeur de fait de l’école. Il s’occupait de la classe de troisième où il enseignait le latin, les mathématiques et l’histoire. Il enseignait aussi les maths dans plusieurs autres classes. Il aimait énormément les mathématiques. Il aimait aussi beaucoup Napoléon ! On se souvient de sa prononciation des syllabes muettes qu’il détachait, de ses rares colères à faire trembler l’école et de son rire tonitruant. »

Pour faire vivre l’école – réputée aussi pour son coût très bas -, il faut donc compter sur le bénévolat de beaucoup et sur des dons en nature ou en argent. Malgré un contexte difficile, l’école se développe. De nouveaux locaux sont construits à côté du presbytère. Un internat pour filles également ouvert dans une maison du village. Signalons que l’école accueille aussi des enfants de familles catholiques, ce qui dans le contexte de l’époque est tout à fait inattendu !

ÞÞÞ

En même temps que démarre le Cours Isaac Homel, L.D. pose les bases du mouvement de prière dont il a mûri le projet pendant les années de guerre.[68] Deux rencontres préparatoires sont convoquées à Charmes en janvier et en juin 1946, puis après trois autres rencontres le 11, le 18 et le 25 septembre, c’est enfin, le 29 septembre la fondation de l’« Union de Prière de Charmes ».[69] L’acte d’engagement dans la communauté est scellé par une Sainte-Cène, car le souci principal du fondateur est de s’inscrire dans la continuité de l’Église réformée. D’ailleurs la première version de la Charte souligne à plusieurs reprises le lien de l’Union de prière avec la paroisse de Charmes et par elle avec l’Église réformée.[70] Il est en outre demandé aux membres, s’ils sont Réformés – et c’est alors le cas de la majorité d’entre eux – de participer pleinement à la vie paroissiale, notamment en étant assidus aux réunions de prière et à la Sainte-Cène. 

Dès la première Charte – et cela ne variera que très peu dans les éditions ultérieures[71] - quatre sujets de prière rassemblent les membres et les participants de l’Union de prière : 

1) le Réveil des Églises par la conversion des âmes (modifié en : conversion personnelle à Jésus-Christ) ; 

2) le salut du peuple Juif ; 

3) l’unité visible du Corps du Christ ; 

4) l’Avènement de Jésus-Christ et la résurrection des morts.

C’est autour du pasteur Dallière et du village de Charmes que dans un premier temps se constituera la vie communautaire. Pour tous ceux qui résident sur place et sont engagés dans le projet du Cours Isaac Homel, c’est chaque jour que ces quatre sujets seront intégrés à la vie spirituelle personnelle. Pour ceux qui habitent la Drôme ou l’Ardèche, des réunions dites « de continuation » sont proposées à intervalle régulier, en général trimestriel. Pour tous les autres qui vivent trop loin pour venir régulièrement à Charmes, c’est la Retraite annuelle de septembre (puis d’août) qui sert d’ancrage dans la vie communautaire. Pour tous cependant, un lien invisible quotidien s’affirmera dans la récitation le matin, du Notre Père, du Credo et le soir, du Psaume 23.[72] À partir de l’automne 1964, un moyen supplémentaire sera proposé sous la forme d’une « feuille de prière » envoyée aux membres et amis où, pour chaque jour, est proposée une lecture biblique (celle du guide biblique de la Ligue pour la Lecture de la Bible ; mais cette lecture était déjà en vigueur depuis 1946) ainsi que des nouvelles diverses en lien avec la vie de l’Union de prière ou l’œuvre de Dieu en France et dans le monde. Au début des années 1970, le pasteur Jacques Serr, proche collaborateur du pasteur Dallière depuis les débuts et homme d’une profonde spiritualité monastique, compilera dans cinq carnets, un florilège de prières chrétiennes et juives en lien avec les quatre sujets de prière.[73] Ceci pour souligner que même si l’influence pentecôtiste demeure au sein de la spiritualité et de la prière de la communauté, notamment dans l’exercice des charismes, elle ne supprime pas l’apport de toute la tradition spirituelle chrétienne. Au niveau de la célébration de la Sainte-Cène ou du baptême, les liturgies en vigueur sont aussi de facture plus classique que ce qui pourrait être attendu.

Pour l’aider dans sa tâche, et un peu comme pour les paroisses avec leur Conseil presbytéral, le pasteur Dallière s’entoure à partir de 1950 d’une équipe de collègues qui comme lui, avaient connu les années du Réveil.

« L’Union de Prière est un ordre dans lequel on s’enrôle par vocation. Son centre est à Charmes. Elle est dirigée par M. Louis Dallière, assisté par les serviteurs de Dieu engagés dans l’U. de P. et notamment MM. Philippe Blanc, Marc Eldin, René de Richemond, Thomas Roberts, Lucien Schneider, Jacques Serr ».[74]

Le terme de « Directoire » pour désigner cette équipe pastorale, apparaîtra dans l’édition de la Charte de 1953 (§§ 2 et 121-123 ; sur ce point les § 76-80 dans l’édition de 1996). Avec les années, d’autres pasteurs, notamment de Suisse, viendront renforcer cette équipe. À l’exception du pasteur Thomas Roberts, tous les pasteurs du Directoire furent jusqu’à ce jour, des pasteurs attachés à l’Église réformée de France ou à des églises équivalentes en Suisse ou en Belgique. On notera qu’aucune femme n’en a encore fait partie, initialement parce que cela ne cadrait pas avec la conception de la place des femmes dans l’Église défendue par le pasteur Dallière et ses premiers collaborateurs. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de femme pasteur dans le Directoire simplement parce qu’aucune n’a vraiment manifesté le désir d’être membre ou ne s’est suffisamment impliquée pour être proposée au vote de l’assemblée générale.

Même si comme nous l’avons vu avec le cours Isaac Homel, la place des femmes fut prépondérante dans le développement des œuvres liées à l’Union de prière, il n’en reste pas moins que leur statut tel que précisé dans plusieurs textes allait à l’encontre d’une émancipation croissante. Bien des incompréhensions se manifestèrent quant à la théologie du vêtement qui s’appliquait de la manière la plus visible aux dames. Voici ce que précise le mémento (1949) :

« L'Union de prière n'a pas, comme les ordres religieux ou comme l'Armée du Salut, un costume uniforme, mais elle se distingue par l'austérité du vêtement. Elle bannit la tendance moderne au relâchement, sans négliger pour cela la recherche d'une vraie beauté, mais qui soit en CHRIST.

La raison de cette attitude est une théologie biblique du vêtement, que chacun peut approfondir, et qui ne laisse pas de place à l'incertitude. Le vêtement est un point secondaire, si l'on veut, et cependant il est aujourd'hui un point essentiel pour la résistance à l'esprit de l'Anti-Christ.

Il nous est extrêmement pénible de nous heurter à l'incompréhension de plusieurs, à la contradiction, ou même à la raillerie ; mais nous ne pouvons pas céder.

Répétons donc ici que nous demandons aux sœurs de l'Union de prière de porter leur chevelure naturelle sans la couper, et de se vêtir, en tout temps, tout entières.

Les femmes qui font profession de servir Dieu et de se consacrer à la prière pour le salut du monde, ne peuvent pas suivre la mode des « jambes nues » pas plus que celle des « bras nus » ou des « décolletés » immodestes, si le vent tournait de ce côté.

Il n'y a, ici, nulle contrainte, puisque toute sœur qui désire entrer dans l'Union de prière est invitée à examiner sérieusement cette question avant de s'engager. »[75]

À cette question de la place de la femme sera souvent liée celle du mariage et du célibat. Contrairement à la tradition protestante qui avait dénoncé le célibat consacré comme une institution non-biblique, le pasteur Dallière le considère comme un état de vie particulièrement adapté à l’attente du Royaume de Dieu.[76] Mais le mariage n’est pas pour autant déconsidéré. Lui-même semble avoir été assez attentionné pour son épouse. Sur certains manuscrits qu’il destine à son épouse, on trouve au crayon des petits mots doux, souvent en anglais. Le couple a été soudé dans la mise en œuvre des nombreux projets dont nous venons de parler. Pourtant, Madame Dallière avait dû renoncer à de nombreuses choses, notamment au niveau musical, pour rester toute sa vie dans un village comme Charmes où la vie intellectuelle ou culturelle n’avait rien à voir avec ce qu’elle avait connu à Paris. On comprend aussi le désarroi du pasteur Dallière quand, quelques mois avant l’âge de la retraite, on diagnostique chez son épouse un cancer qui l’emportera trop vite. Les funérailles de son épouse furent d’ailleurs les dernières qu’il présida en tant que pasteur (22 septembre 1962).

Puisque maintenant, la paroisse n’est plus de son ressort, il faut songer à repréciser les liens entre l’Union de prière et l’Église Réformée. Même si pour L.D., cela faisait déjà longtemps que le lien entre l’Union de prière et la paroisse de Charmes avait été coupé, comme l’indique les modifications entre la charte de 1946 (§ 69-70) et celle de 1953 (§ 70)[77], il fallait clairement repréciser les choses. Sur un plan statutaire, l’Union de prière n’était depuis ses débuts qu’une association de fait. C’est en 1970 qu’elle devient une « association cultuelle » (loi 1905) reconnue par le Conseil National de l’Église Réformée de France (devenue en 2013, Église Protestante Unie de France). Mais à la différence d’une paroisse, l’Union de prière  est avant tout, comme Pomeyrol, une communauté (on pourrait dire un tiers-ordre)[78]. Son champ d’action n’est pas délimité par des frontières paroissiales mais s’étend, selon la formulation de l’article premier de ses statuts à « l’ensemble des départements français ». Pour bien préciser cela, un « protocole d’accord » (1972) a été signé entre les deux instances.[79] L’Union de prière fait également partie du « Département des Communautés » de la Fédération Protestante de France.

Malgré le souci de son fondateur d’enraciner la communauté de l’Union de prière dans l’Église protestante, une question restait malgré tout problématique : celle du baptême. En raison de la guerre, la commission qui devait faire avancer le débat en vue d’une décision synodale avait dû ajourner ses travaux. Dès la fin de la guerre, elle se remet à la tâche et L.D. en fait partie. Comme nous consacrerons un chapitre à cette question, nous ne nous étendrons pas plus ici. Signalons toutefois qu’au synode national de 1951 réuni au Chambon-sur-Lignon, la possibilité de remplacer le baptême des petits enfants par une cérémonie de présentation sera adoptée. Signalons que même si plusieurs pasteurs membres de l’Union de prière se rallieront à cette pratique, d’autres continueront à baptiser les enfants en bas âge. Par contre, quand sera soulevée au début des années 1970 la question de « confirmation par immersion », un nouveau débat très tendu sera relancé. Il aboutira à un accord très encadré entre l’ERF et l’Union de prière, accord défini dans une annexe au protocole d’accord signé en 1972.

Si cette problématique rejaillit dans les années 1970, c’est que depuis le bouleversement profond que la société française a vécu avec les événements de mai 1968, l’Église est traversée par de nombreuses remises en question. C’est aussi l’époque de l’apparition en France du Renouveau Charismatique. Par certains côtés, il prolonge l’élan du mouvement hippie qui remet en avant une recherche de l’expérience spirituelle personnelle. Certains jeunes se tournent vers les religions orientales, d’autres vers les drogues hallucinogènes, quelques-uns, dans la lignée des « Jesus people » redécouvrent un christianisme ouvert aux manifestations de l’Esprit-Saint. L’heure est aussi aux communautés nouvelles, à un nouvel engagement social tant au plan national qu’international. Parmi les prêtres et les pasteurs, c’est aussi un temps de remise en question. Pour plusieurs, le Renouveau offre l’espoir d’un printemps de l’Église et d’un élan nouveau pour les paroisses. Le pasteur Dallière avait été informé de ce courant spirituel nouveau dès son apparition aux États-Unis à la fin des années 1960. Au mois de mai 1968 (étonnante coïncidence !), il souhaite partager cela avec des pasteurs et plusieurs sont invités à Charmes pour rencontrer David du Plessis, un ténor du Pentecôtisme mondial qui s’était depuis quelques années ouvert aux autres églises et à l’œcuménisme.[80]Par là, L. D. et l’Union de prière expriment ainsi leur soutien à ce qui deviendra bientôt le Renouveau charismatique. Plusieurs pasteurs du Directoire participent dès l’été 1971 aux conventions de la Porte Ouverte à Châlon-sur-Saône, mais aussi, à l’initiative du pasteur Thomas Roberts, à la Rencontre charismatique interconfessionnelle de Viviers en 1973.[81] Lors de cette session à laquelle se joignent plusieurs dizaines de pasteurs de l’ERF, de nombreux prêtres et religieux, un élan œcuménique est donné au mouvement. L’implication de plusieurs pasteurs de l’Union de prière dans les origines du Renouveau peut aussi expliquer que certaines thématiques qui le caractériseront s’apparentent aux quatre sujets de prière.

Cette ouverture au Renouveau charismatique qui n’est pas sans rappeler l’accueil favorable fait au Pentecôtisme dans les années 1930, ne doit pas masquer l’autre souci constant de L. D., à savoir l’attention aux autres Églises. Son ouverture au catholicisme est sincère et ancienne, sans doute aussi pour des raisons familiales puisqu’un frère et une sœur de son épouse s’y étaient convertis.[82] En France l’orthodoxie était moins présente et moins connue, mais quand en 1960, le Patriarche de l’Église orthodoxe russe lance une invitation à une délégation de l’ERF, deux pasteurs de l’Union de prière font partie du voyage (du 28 juin au 18 juillet). Ils en feront un compte-rendu lors de la Retraite qui suivra.[83] Il vaut la peine de relire les conclusions que rédige le pasteur Dallière. De la même manière que le réveil et le Pentecôtisme l’avaient obligé à revoir certaines de ses convictions théologiques, l’orthodoxie qu’il semble découvrir au travers de ses échanges avec ses collègues J. Serr et A. Brémond, le pousse à relativiser certaines de ses conceptions, ou plutôt à leur donner un horizon plus large. Malgré tout, il n’oublie pas les quatre sujets de prière et dans son exposé il les éclaire avec cette « lumière de l’Orient », pour que tous puissent continuer de les prier avec plus de ferveur.

De 1962 à 1976, L.D. vit à la maison de Boissier. Il consacre ses forces et sa pensée à la Communauté de l’Union de prière qu’il a fondée, et au Cours Isaac Homel, son œuvre privilégiée. Il décède le 10 janvier et les funérailles ont lieu le lundi 12 janvier, cinquante et un an après, jour pour jour, sa consécration au ministère pastoral dans le temple de Charmes.

Voici comment s’exprima sœur Myriam devant les sœurs de Reuilly alors qu’elles s’associaient par la prière, en ce jour de la fête du baptême su Seigneur, aux funérailles du pasteur Dallière :

« Il y a des hommes qui sont des cordages entre le ciel et la terre.

Il y a des hommes qui relient l'invisible et le visible, tel Jean-Baptiste.

Il y a des hommes qui sont des aiguilleurs de l'histoire, qui font changer le cours des choses.

Il y a des hommes merveilleux que nous avons rencontrés, des « Jean-Baptiste » qui n'étaient pas le Christ mais auprès de qui nous nous sommes informés de la lumière qui est en Christ... 

C'est ce que le baptême nous dit ce matin. Et moi, je ne peux faire autrement que de penser à ces hommes-là, alors que notre frère, notre père, notre ami, Louis Dallière repose aujourd'hui en la terre...

Qu'avons-nous donc à recevoir de cette mort, si ce n'est la vie, une vie meilleure, une vie qui nous appelle à être aujourd'hui un peu plus ce qu'il aurait voulu : que nous soyons attachés à Celui qu'il montrait du doigt avec tant d'évidence. »[84]

 

 



[1]  Le document biographique le plus complet se trouve dans la thèse du père J. Thoorens : L’Union de Prière de Charmes-sur-Rhône, mémoire présenté à l’Institut Catholique de Paris, 1977, 180 p. Nous suivons ici le chapitre 4 (p. 63-75). Le pasteur Jacques Serr, proche collaborateur de L.D. a apporté des corrections manuscrites à l’exemplaire conservé dans les archives de l’Union de prière à Charmes-sur-Rhône. (Nous abrègerons par la suite cette mention en indiquant : archives UP). Pour l’enfance et la jeunesse, L.D. donne des indications dans un article de Esprit & Vie : « Toi aussi tu es de ces gens-là ! Luc 22/58 », avril 1934, 23, p. 167-169. Il y revient encore dans un texte de 1946 : « 3e réunion en vue de la fondation de l’Union de prière » (25.06.1946).

[2]  Le 4 juillet est la fête nationale des États-Unis. Louis est l’aîné. Il sera suivi de 4 frères et 3 sœurs : Emile (1900 ; il sera aussi pasteur mais suite à son adhésion au pentecôtisme développera un ministère indépendant en Normandie) ; Marcel (1902) ; Marguerite (1904) ; Raymond (1906) ; Hélène (1907, décèdera à l’âge de 3 semaines) ; Aline (1909-1934) ; Charles (1912).

[3]  Sans avoir vraiment connu l’horreur des tranchées, L. D. reviendra souvent sur le « choc de civilisation » que fut ce conflit pour de nombreux esprits. Je cite simplement cet extrait d’une lettre à son ami Pierre Ducros (27 octobre 1922) : « Tu sais que ce ne sera pas moi qui te jetterai la première pierre parce que tu as souffert comme soldat. J’ai perdu d’avril à décembre 1918 tout le peu de morale, de religion et de certitude que j’avais pu recevoir durant la première période de ma vie. » Dans cette correspondance, L.D. exprime longuement son aversion envers toute apologie militariste de la guerre (6 mars 1923) : « La tâche urgente est de détruire la foi en la guerre et en la gloire militaire. Tout ce que je me demande, c’est si une action non spécifiquement chrétienne dans ces croyances, peut lutter d’une façon durable contre le mal. La guerre est en effet une matière de croyance ; le militarisme fait partie d’une religion et d’un culte. Ce n’est pas de la pratique pure, c’est de l’esprit qui est dans le péché. Or je ne vois pas comment lutter contre une croyance, autrement qu’en la dominant par une vérité plus haute, en opposant au Culte païen le Culte chrétien ». [Mot souligné par l’auteur]

[4]  Il gardait un merveilleux souvenir d'une rencontre avec Mgr. Duchesne († 1922), historien de l'Église. Je cite ce détail pour indiquer combien L.D. dès sa jeunesse fut ouvert au dialogue avec des auteurs catholiques.

[5]  « La mort de l’Apôtre Pierre et les récentes fouilles de Rome. À propos de l’ouvrage de Hans Lietzmann », Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuse, 1923, 3, p. 145-155.

[6]  Thoorens précise : « Il l’a connue dans une œuvre d'enfants dont elle s'occupait. » (op. cit., p. 66).

[7]  A. Schweitz, Les parlementaires de la Seine sous la IIIème République, vol. II : Dictionnaire biographique, Paris : Publications de la Sorbonne, 2001, p. 486-487.

[8]  « Gabriel Marcel entre le protestantisme et l'Église », in Présence de Gabriel Marcel, 2004, 14, p. 72.

[9]  L. Dallière présentera la philosophie de Hocking dans un article de 1929 : « W-E Hocking : la refonte de la nature humaine », Les Cahiers de Foi et Vie, Paris, trimestriel – sans date, ca. 1929, 71 p. Nous avons consacré notre mémoire de fin d’étude en philosophie à la pensée de ce philosophe : Bouillon, David, William Ernest Hocking : Aspects d’une philosophie idéaliste américaine, Université Catholique de Louvain : Faculté de philosophie, 1991 (mémoire de Maîtrise).

[10]  Sur les liens entre Dallière et Marcel, lire l’article d’Anne Marcel (op. cit., essentiellement les pages 75-90 qui puisent largement dans une correspondance inédite entre les deux hommes).

[11]  Une partie de ces lettres est conservée dans les archives de l’Union de prière à Charmes-sur-Rhône.

[12]  Pierre Ducros (1900-1982) était un ami d’étude de L.D. Il sera consacré pasteur en 1926 et finira son ministère dans la paroisse de l’Oratoire du Louvre à Paris, haut lieu de la théologie libérale. Malgré une amitié profonde et des liens étroits entre les deux hommes (L.D. sera le parrain de l’un des fils de P. Ducros), leurs orientations théologiques trop divergentes les éloigneront peu à peu. Il n’y a pas d’autre correspondance ultérieure entre eux dans les archives. Il fut aussi engagé dans le mouvement du christianisme social. Il publiera plusieurs ouvrages référencés par la Bibliothèque nationale de France : http://data.bnf.fr/documents-by-rdt/12171956/70/page1(consulté 23/02/2016)

[13] « Pour un réalisme chrétien : l’option philosophique du pasteur Dallière » (voir p. 13 ci-dessus).

[14] J. Serr, ibid.

[15] C’est le pasteur Henri Monnier qui préside cette consécration. Cité par J. Thoorens, op. cit., p. 37. Sur Henri Monnier, voir J. Valynseele, « Monnier, Henri », in Laplanche, F., éd., Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine. Vol. 9 : Les Sciences religieuses : Le 19e siècle : 1808-1914, Paris : Beauchesne, 1996, p. 480-481.

[16]  À cette époque, le protestantisme réformé français se divise en deux grandes unions : 1) L’Église Réformée Évangélique, comprenant la majorité des paroisses ; 2) L’Église Réformée de France, dite de Jarnac. La réunification des deux ne se fera qu’en 1938.

[17]  L. Dallière, « Toi aussi tu es de ces gens-là ! », op.cit., p. 168a.

[18]  L’impression que la collaboration à cette publication fut considérée plus tard par L. Dallière comme une parenthèse regrettable, ou du moins comme un engagement désavoué par ses choix théologiques ultérieurs, est perceptible dans le style même de ces articles. On a l’impression que ce n’est pas vraiment la même personne qui écrit. Ici le style est souvent mordant, polémique avec une pointe d’arrogance. Signalons que ce journal protestant avait un temps cessé de paraître avant d’être relancé en 1925 par Louis Lafon, avec cette fois une orientation très à droite (P. Wolff, dir., Les protestants en France, 1800-2000, Toulouse : Privat, 2001, p. 137 ; G. Davie, « L’extrême-droite protestante », in Les protestants français pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris : Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1994 [Supplément au Bulletin de la SHPH, N° 3], p. 91-104 ; J. Baubérot, « L’évolution du groupe socio-religieux protestant dans la société française contemporaine. Indicateurs : Politique et éthique sexuelle », in Églises et Groupes religieux dans la société française : intégration ou marginalisation, Strasbourg : CERDIC, 1977, p. 151-153, coll. Hommes et Église, 8).

[19]  Il reconnaît pourtant que, dans sa jeunesse, il a eu des affinités pour le socialisme. Il le dit dans une lettre à P. Ducros (27 novembre 1925) : « J’ai été dévoyé non pas pour avoir rallié le socialisme ou le communisme au lieu des partis modérés. J’ai été dévoyé en confondant l’Évangile avec des doctrines humaines. Mon changement, que tu connais, a été de prendre pied toujours plus solidement sur le roc du dogme chrétien. J’ai l’air de brûler ce que j’ai adoré en disant du mal du socialisme et du communisme. En fait j’espère, grâce à Dieu, garder toujours une intense pitié pour tous ceux qui souffrent, une ardente prière pour que nous soyons délivrés du mal. Mais je combats les doctrines philosophiques qui sont contraires au dogme chrétien où se trouve la vérité ». Il le confirme dans un article de la Vie Nouvelle (31 décembre 1926) : « Je ne vois pas d’obstacles à communier avec des coreligionnaires qui sont ou qui restent encore pour un temps enrôlés dans la mystique socialiste. J’y ai bien été enrôlé moi-même avant de conquérir la liberté protestante ».

[20]  Parmi les ouvrages de la bibliothèque du pasteur Dallière, on trouve des livres du pasteur Noël Nougat (dit Vesper), abattu par la résistance en raison de ses prises de position trop favorables à la collaboration. En ce qui concerne la monarchie, la citation suivante indique bien vers quel bord politique allaient les sympathies de L. D. Un républicain convaincu n’aurait sans doute pas adopté la même lecture des événements : « L'histoire des temps modernes est celle d'une succession de digues qui s'écroulent les unes après les autres devant le flot du désordre. Pour notre patrie, il y a eu la digue des Bourbons, puis l'exécution de Louis XVI ; la digue napoléonienne, suivie d'écroulements lamentables », in La situation de l’Église par rapport au monde sécularisé, 1947, p. 10 (archives UP).

[21]  Cela dit, le pasteur Dallière, comme de nombreux Français, estime qu’il y a dans le monde des puissances de l’argent qui oeuvrent de manière secrète. Mais c’est plus la marque d’un antimaçonnisme que de l’antisémitisme. On peut citer ce passage un peu ultérieur : « Que se passe-t-il dans les conciliabules des rois de l'argent, dans les sociétés secrètes et internationales dont on soupçonne l'existence et entre les mains desquelles les plus fougueux dictateurs ne sont que des marionnettes peut-être ? » (« Père, pardonne-leur ! », Esprit & Vie, février 1935, 2, p. 20).

[22]  D. Bundy qui publia la première bibliographie quasi exhaustive des écrits de L. D. rédigés avant 1939, ne mentionne aucun de ces articles [« L’émergence d’un théologien pentecôtisant : les écrits de Louis Dallière de 1922 à 1932 », in Hokhma, 1988, 38, p. 23-51 (avec une bibliographie très complète des écrits de L. D. pour cette période). Version anglaise de cet article : « The Making of A Pentecostal Theologian. The Writings of Louis Dallière, 1922-1932 », EPTA Bulletin, 1988, 7 / 2, p. 40-64. Pour la période 1932-1939, consulter : « Louis Dallière : Apologist for Pentecostalism in France and Belgium, 1932-1939 », in Pneuma, 1989, 10 / 2, p. 85-115.]. J. Serr et F. Lovsky pourtant très proches du pasteur Dallière, n’en avaient pas non plus connaissance.

[23]  Il faut rappeler combien, dans sa correspondance avec son ami Pierre Ducros, L. Dallière avait critiqué le nationalisme quand il s’érige en culte. Extrait de sa lettre du 25 mars 1923 : « Je crois que l’État est pour beaucoup d’esprits, une religion, avec son service, ses sanctions dernières, son Culte et ses sacrifices. Et ce culte m’est odieux parce qu’il exprime un athéisme fondamental, la négation d’une vérité métaphysique universelle. Au-dessus du Droit de la France, il y a Dieu. Au-dessus des vérités françaises, il y a Dieu. Au-dessus de la nation, il y a l’Église universelle. »

[24]  L. D. le dit clairement dans un courrier à son ami Pierre Ducros (27/11/1925) : « Je crois que tu juges tout à fait bien la Vie Nouvelle, et M. Lafon en particulier. […] Notre Église réformée s’est désagrégée. Elle n’est plus ce qu’elle a été. Elle est infidèle à son passé, à l’Évangile. Il faut qu’elle se réveille, qu’elle revive, qu’elle accomplisse sa tâche dans notre peuple. Pour cela, un vigoureux redressement doctrinal est nécessaire. Dans la mesure où M. Lafon m’a paru se mettre au service de cette œuvre de redressement, je lui ai apporté ma collaboration, non pas pour lui, mais pour servir l’Église ». Pour autant, L.D. reconnaît que le pari est quasi impossible à relever (01/02/1926) : « La Vie Nouvelle a beaucoup effrayé le monde protestant. La plupart des pasteurs refusent de s’y abonner, à plus forte raison de le répandre. Y collaborer apparaît comme une anomalie, presqu’un scandale. Je crains qu’on n’ait pas du tout compris l’entreprise de M. Lafon ».

[25]  Texte inédit de 2 pages (archives UP) destiné à corriger les inexactitudes dans la notice consacrée à Louis Dallière par D. Robert(in Encrevé, A., éd., Les protestants, Paris : Beauchesne, 1993, p. 160-161, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, vol. 5).

[26]  H. Schaerer, et R. de Richemond, Retour historique sur les origines de l’Union de prière. Étude présentée lors de la retraite de l’Union de prière d’août 1969 (Charmes-sur-Rhône, texte inédit, archives UP), p. 3. Concernant la thèse de Dallière sur Hocking, J. Serr écrit qu’il n’en fut jamais vraiment question, même si cette information est reprise par plusieurs auteurs. Il est vrai que dans une lettre à Pierre Ducros il semble évoquer ce point. On pourrait aussi penser que l’article de 1929 sur Hocking serait le fruit de cette thèse non-aboutie. Le seul projet de thèse sur lequel L.D. ait réellement travaillé fut, à la demande de Marc Boegner, un travail sur « Le mystère de l’Église composée de Juifs et de Païens » (un dossier avec des notes de lectures et les premiers chapitres est conservé dans les archives UP). Sur cette question, voir J. Serr, « Pour un réalisme chrétien… », op. cit., sous l’année 1929 et l’article sur Hocking.

[27]  Sur ce mouvement et son impact religieux, l’ouvrage de référence est : P. Bolle, P. Petit,éd., La vie des Églises protestantes de la vallée de la Drôme de 1928 à 1938. Actes du colloque tenu à la Faculté de Théologie de Montpellier du 25 avril au 28 avril 1974, Paris : Les Bergers et les Mages, 1977 [de nombreux passages font aussi références à L. Dallière et aux tensions avec les pasteurs favorables au pentecôtisme]. Lire aussi : A. Berrus, « Des Réveils au XXe siècle : Brigade et Brigadette », Revue réformée, 1999 / 3, L / n° 204, p. 33-41 & J. Cadier, Le matin vient, Paris : Les Bergers et les Mages, 1990, 193 p.

[28]  « Le Réveil. 1. La Brigade de la Drôme », Vendredi 1er janvier 1926, p. 3-4. On notera ce qui est dit de la « conversion brusque ». Quelques années plus tard, l’auteur sera bien plus compréhensif avec la manière de faire pentecôtiste. Notons aussi que dans ses échanges épistolaires avec son ami Pierre Ducros, L. D. est un peu plus caustique que dans ses articles de La Vie Nouvelle(04/10/1926) : « Quant au problème plus général que soulève ce mouvement, je suis persuadé qu’il s’agit d’une prédication qui ne peut porter du fruit que dans des terrains déjà fortement travaillés par le protestantisme. Par l’expérience de conversion, ils mettent en œuvre et font passer à l’action un fonds latent de tradition chrétienne. La portée d’un tel Réveil est donc très limitée.

1° Chez les convertis eux-mêmes, il y a toute une question de culture chrétienne, de développement spirituel, de sanctification progressive, que les Brigadiers sont impuissants à résoudre. Leur violon n’a qu’une corde : l’appel à la volonté, à la décision. Ils apportent extrêmement peu de « nourriture » spirituelle.

2° En dehors de nos vieilles Églises, de gens qui ont un fond d’instruction biblique, je les vois complètement impuissants.

Ce n’est pas à dire que je veuille empêcher les Brigadiers de prêcher le Réveil dans nos paroisses. Ils y font certainement beaucoup de bien. S’ils ne tournent pas à la secte, c’est-à-dire si le démon de l’orgueil ne s’empare pas d’eux, ils peuvent faire un travail béni, mais, je le répète, de portée limitée.

L’œuvre qui nous appelle tous et qui dépasse de beaucoup les méthodes de la Brigade – œuvre où il y a place pour eux à côté d’autres ouvriers – c’est la reconstruction de l’Église réformée de France, dans l’unité, la foi, la culture chrétienne ».

[29]  « Pour avoir les hommes », La Vie Nouvelle, vendredi 16 juillet 1926, p. 225.

[30]  « Le Réveil : 3. Une vérité nécessaire », La Vie Nouvelle, vendredi 15 janvier 1926, p. 18-19. Mais cette expression de « baptême d’Esprit-Saint » n’a pas encore ici le sens que la rencontre avec le pentecôtisme pourra lui donner. C’est d’ailleurs sur ce point que, quelques années plus tard, se fera la rupture entre le Réveil de la Drôme et celui de l’Ardèche.

[31]  « Toi aussi tu es de ces gens-là ! Luc 22.58 », op.cit., p. 167-168. Lovsky et Serr dans leur notice biographique (op. cit., voir note 41) indiquent la date du 28 mai 1930.

[32]  Sur le ministère de Scott dans les pays francophone, on consultera : G. R. Stotts, Le Pentecôtisme au pays de Voltaire, Carponne : Viens et Vois, 1981, p. 74 et suiv. Également : J.-P. Wildrianne, Consécration totale. La vie, le ministère et l’influence durable de Douglas John Ranger Scott, Grézieu-la-Varenne : Viens et vois, 2006, 97 p. (aucune mention des contacts avec les églises protestantes sinon à fin de l’ouvrage qui reproduit un article du journal Viens et Vois à propos de la mission à Privas en 1933). H. Schaerer, et R. de Richemond (Retour historique…, op. cit.), donnent aussi un compte-rendu détaillé de ce passage de Scott en Ardèche. Scott était arrivé en France en 1930, et avait commencé un travail d’évangélisation au Havre.

[33]  Le journal l’Ami, sous la plume du pasteur Samuel Delattre, en donne deux comptes-rendus (Mars 1932, n° 3, p. 49-52 ; Avril 1932, n° 4, p. 77-79). Egalement un bref article dans Viens et Vois (Mai 1932, p. 19) ; à consulter sur le site : http://sentier5.free.fr/viens-et-vois.html. D. Scott et son épouse donneront un bref historique de leur ministère en France dans la brochure : Les débuts du mouvement de Pentecôte en France, Paris, 1965, p. 12-15.

[34]  « Toi aussi tu es de ces gens-là ! Luc 22.58 », op.cit., p. 168b.

[35]  Déjà en 1927, L.D. écrivait dans un article pour le journal La Vie Nouvelle (« Le réveil et la doctrine. IV : les dangers de la théologie », vendredi 30 septembre, p. 307) : « Il ne s’agit pas seulement, pour le vrai Réveil, de convertir des âmes individuelles. Il s’agit de servir l’Église de Jésus-Christ, de la fortifier et de l’étendre. Un converti dissident est plus mauvais qu’avant. Ce qu’il faut à Dieu et à la France, ce sont bien plutôt des communiants ».

[36]  On attribue généralement ce quadruple slogan à A. B. Simpson, le fondateur de la Christian and Missionary Alliance dans les années 1880, mais pour lui le deuxième point était : Jésus sancitifie.  Chez les pentecôtistes, ce point est devenu : Jesus baptizes with the Holy Spirit (Jésus baptise du Saint-Esprit). L’évangéliste Aimée Sample McPherson (1890-1944), à l’origine des églises Foursquare, une des branches du mouvement pentecôtiste, contribuera aussi à populariser ce quadruple slogan. 

[37] Sur Georges Jeffreys (1889-1962), voir : D. W. Cartwright, in International Dictionary of Pentecostals and Charismatic Movements, Grand Rapids : Zondervan, 2002, Revised and expanded edition , p. 807-808. L. Dallière, rédigera un bref article sur cette visite pour le journal Viens et Vois (octobre 1932, n° 7, p. 134-135) : « Quelques impressions d’un voyage en Angleterre ».

[38] L’exemple le plus connu est celui de Catherine Booth-Clibborn (appelée « la Maréchale »), qui après avoir introduit l’Armée du Salut en France et en Suisse, quittera le mouvement avec son mari. Ils rejoindront d’abord John Alexander Dowie, célèbre pour son ministère de guérison aux USA avant de se séparer de lui pour adhérer à la mouvance pentecôtiste. Voir J. Robinson, « Arthur Booth-Clibborn : Pentecostal Patriarch », Journal of the European Pentecostal Association, 2001, XXI, p. 68-90. 

http://www.eptaonline.com/wp-content/uploads/2013/07/JEPTA-2001-211.pdf

[39]  J.-Y. Carluer, « 1905-1906, ou l'impossible introduction du Réveil du Pays-de-Galles en France », Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, 2005, t. 151, p. 785-800.

[40] Sur cette question, voir : P. Wolff, Les protestants en France, op. cit., p. 69-72. Le nom de L. D. y est cité en lien avec le possible risque de schisme que le réveil pentecôtiste introduit. C’est aussi lors de synodes régionaux (l’un de l’Union des Églises Réformées Évangéliques, l’autre de l’Union des Églises Réformées) en Drôme-Ardèche qu’en 1933 émane un vœu en faveur de l’union réformée (M. Boegner, L’exigence œcuménique. Souvenirs et perspectives, Paris : Albin Michel, 1968, p. 76).

[41]  C’est dans cette ligne qu’un certain A.S. donne un compte-rendu critique de la brochure de L. D. (Christianisme social 1933, 7, p. 112-113). J. Ansaldi à l’occasion de la réédition de cet opuscule adoptera un ton plus irénique (Études Théologiques et Religieuses, 2/1997, p. 325).

[42]  F. Lovsky ; J. Serr, op. cit.

[43]  Lors d’une pastorale à Pâturages (Belgique) en 1933, un texte est rédigé pour rassurer les pasteurs et les églises sur les doctrines et les pratiques du réveil (archives UP).

[44] Voir le compte-rendu dans le numéro d’octobre 1934 de Viens et Vois [en ligne] : http://sentier5.free.fr/viens-et-vois.html).

[45]  Sur Thomas Roberts, on peut consulter : F. Lovsky, « La rencontre avec le pasteur Louis Dallière », Tychique, 1986, supplément au n° 59, p.12-15.

[46]  À la fin des années 1930, un contentieux s’ouvrira entre le pasteur Deffarges, pasteur de Chalencon, et L. D. Le premier reprochera au dernier de ne pas être resté dans l’esprit du Réveil. La maison de Chalencon acquise par le mouvement de l’Ardèche sera accaparée par le pasteur Deffarges. Une correspondance à ce sujet se trouve dans les archives UP.

[47]  Le pasteur L. Schneider a déposé des notes à ce sujet dans les archives. Il y a consigné tout ce qui concernait le Réveil ou plus tard l’Union de prière dans les rapports manuscrits du Conseil presbytéral de la paroisse de Charmes. Malgré le contexte de crise économique suite au crash boursier de 1929, les fonds seront toujours trouvés pour financer les achats de locaux rendus nécessaires par le développement de la vie paroissiale.

[48]  Ce journal est aujourd’hui difficile à consulter. Les archives UP disposent d’une collection quasi complète (manquent les premiers numéros avant la collaboration avec L. Dallière). C’est une publication précieuse pour se faire une idée de l’effervescence religieuse qui animait un certain nombre d’Églises protestantes et évangéliques des pays francophones. Si les Églises protestantes nationales pouvaient vivre parfois en vase clos, si réformés et luthériens n’avaient que peu de contacts, on doit reconnaître que dans ce mouvement de Réveil, bien des barrières n’existaient plus.

[49]  Sur cette question du baptême dans l’église de Pâturages : J. Blairon, L’Église Protestante Évangélique de Pâturages des origines à nos jours, compilation des archives, s.l., 1992, p. 65-74.

[50]  K. Barth, Die kirchliche Lehre von der Taufe, Zurich : Zollikon, 1947. Traduction française : « La doctrine ecclésiastique du baptême », Foi et Vie, janvier-février 1949, p. 1-50.

[51]  « La pensée théologique du pasteur Louis Dallière », Études Théologiques et Religieuses, 1978, 53 / 2, p. 180.

[52]  Esprit & Vie, mai 1934, 24, p. 181-183.

[53]  Esprit & Vie, mars 1936, 3, p. 180 col b.

[54]  Ibid.

[55]  Feuille de prière 3-4, du 8 au 20 octobre 2012, Charmes-sur-Rhône : Union de prière, p. 4.

[56]  L’amour fort comme la mort. Une autobiographie, Paris : Robert Laffont, 1990, p. 134-146, Collection « Vécu ».

[57]  Ibid., p. 140.

[58]  Ibid., p. 146-148. Le pasteur Dallière et son épouse Marie, reçurent en 1990 et à titre posthume le titre de « Justes des Nations » décerné par l’Institut Yad Vashem à Jérusalem. Lien : http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-4501/

[59] « Lettre ouverte à M. de Worm », 1939 (4), p. 33. Remarque d’A. Schvartz : Cette fin de collaboration serait liée aux articles sur le mariage publiés en 1938 et aux nombreuses réactions d’incompréhension qui suivirent. Peter Hocken cite un courrier au Père Couturier où L.D. lie l’arrêt de ses publications au fait que les autorités de l’ERF lui auraient dit que ses écrits semaient le trouble dans l’Église. C’est donc par soumission à cet avis qu’il aurait alors limité la diffusion de sa pensée aux textes ronéotypés diffusés à un cercle restreint de personnes (« The Prophetic Contribution of Pastor Louis Dallière », in The Spirit and Spirituality. Essays in Honour of Russell P. Spittler, London – New York : T & T Clark International, 2004, p. 257). On trouve d’ailleurs sur de nombreuses copies dans les archives la mention « ad usum privatum »

[60]  H. Schaerer, et R. de Richemond, Retour historique…, op. cit., p. 12.

 En juin 1946 (2ème réunion préparatoire à la fondation de l’Union de prière, texte dans les archives UP), voici comment L. D. lui-même évoquait les années de la guerre : « Vous savez tous que la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, a été comme un arrêt de mort sur le Réveil, de la part de l'Eternel notre Dieu. Avant, dans les réunions, il nous avait été annoncé que notre œuvre serait comme le grain de blé tombé en terre, mort. Et nous avons vu cette mort s'accomplir.

Il y avait un sentiment d'échec : notre prière pour la paix inexaucée ; les efforts des hommes, vains. Dispersion des jeunes hommes, même des plus vieux comme moi. Et impossibilité d'évangéliser. Je suis parti avec le sentiment d'une mort ; je ne savais si je reviendrais. Je n'avais nulle idée de me faire remplacer pour cette œuvre, en mon absence. Non ; c'était une mort totale, et il faut le dire aussi, purificatrice. Pour moi, surtout pendant les trois premières semaines où il n'y avait même pas de correspondance, je ne savais si on ne m'enverrait pas – comme on aurait dû le faire – au front, et je sentais qu'il fallait faire le sacrifice de ma vie. Aussi, quand j'ai eu les premières nouvelles, ma première permission à la Toussaint, cela a été comme une toute petite étincelle de vie ».

En 1958, devant le synode régional de Tournon (Ardèche), il revient à nouveau sur ce thème : « Ce Réveil de Charmes ne fut pas exempt d’erreurs, de tâtonnements ni de fausses manœuvres. Tous les pasteurs touchés par le mouvement de Pentecôte, ne furent pas d’avis de rester dans l’Église Réformée. Ma direction, si direction il y avait, fut battue en brèche, hors de Charmes et jusque dans ma paroisse. Aussi ai-je cru comprendre que la guerre de 39 faisait passer tout cela par une mort, amère, mais au fond nécessaire. Sans ce triste et long hiver de 6 années, la décantation se fit d’elle-même, un renouveau se prépara dans les profondeurs de la terre » (p. 7)

[61]  « L’Église composée de Juifs et de Païens ». Voici ce qu’écrit le pasteur J. Serr dans une lettre du 3 février 1980 : « Le titre de cette conférence avait été suggéré, je pense, par le petit livre d’Erik Peterson paru en 1937 : Le mystère des Juifs et des Gentils dans l’Église. Certes, M. Dallière n’avait pas besoin de cela pour aborder le sujet. Mais comme il avait en grande estime E. Peterson, ce n’est pas impossible.

Cette étude était l’embryon de la thèse de doctorat en théologie que M. Boegner avait demandé de faire à M. Dallière, à cette époque. […] M. Dallière s’y est mis ″par obéissance″. Il en a tracé le plan et rédigé le premier chapitre, un chapitre d’introduction qui n’aborde pas vraiment le fond du sujet. Puis M. Dallière a renoncé définitivement à la thèse. Il a écrit à ce sujet à M. Boegner en 1944. » (Archives UP)

Le doyen Pierre Courthial évoque cette rencontre qui l’a durablement marqué dans sa propre approche des Écritures et dans l’élaboration de sa théologie (De Bible en Bible : le texte sacré de l’alliance entre Dieu et le genre humain et sa vision du monde et de la vie, Paris – Lausanne : L’Âge d’Homme – Kerygma, 2002, p. 38). Il avait d’ailleurs été impliqué, quelques semaines plus tôt, dans la rédaction des thèses dites « de Pomeyrol » qui marquent la première réaction protestante contre les lois antijuives de Vichy.

[62]  Le pasteur Marc Boegner, suite à une prédication en faveur des Juifs au rassemblement du musée du désert fut violemment attaqué dans la presse d’extrême droite. Il faisait partie des personnes fichées par Vichy et les Allemands perquisitionnèrent ses bureaux. (M. Boegner, L’exigence œcuménique…, op. cit., p. 143-144 ; « Je suis partout, publication franco-allemande de Paris, me qualifiait de "champion de la juiverie" », ibid. p. 153).

[63]  Cette correspondance a été dépouillée par le professeur F. Lovsky qui en a gardé de larges extraits qui furent ensuite confiés aux pasteurs du Directoire de l’Union de prière. La correspondance originale n’a pas été conservée probablement parce qu’elle contenait de nombreux échanges plus personnels. Nous avons joint cette correspondance au corpus des textes en annexe de la thèse (CD-Rom).

[64]  Nous en donnons le texte dans l’annexe 1. Nous y indiquons aussi le texte de la version actuelle afin de voir les modifications qui y furent apportées, en particulier en 1971, du vivant du pasteur Dallière.

[65]  Pour cette présentation du Cours Isaac Homel, nous nous appuyons sur un texte de M. René Schaerer, fils du pasteur Henri Schaerer qui, dès les débuts, fut engagé dans le Réveil et participa à la naissance de l’Union de prière. Texte rédigé lors d’une réunion des anciens élèves en avril 2005 et déposé aux archives UP.

[66]  Les archives de l’Union de prière conservent le registre des élèves de 1947 à 1975, date de la fermeture du cours. Le pasteur Dallière n’ayant pas initialement les titres requis pour l’ouverture de cette école, c’est son beau-frère, le philosophe Gabriel Marcel qui sera nommé directeur. Il va de soi que dans les faits, il n’exercera pas cette fonction.

[67]  « Et nous, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. »

[68]  Note de Jacques Serr (ajout manuscrit p. 81 du mémoire de l’abbé Thoorens sur l’UP) : « Dès 1941, M. Dallière avait rédigé dans un cahier de brouillon un 1er projet de "Ligue de prière" qui traçait déjà les lignes directrices de la future Union de prière. Ce 1er projet de 1941 était le fruit des 15 années de ministère dans la paroisse et des 10 années d’expériences du Réveil ».

[69]  Les textes de ces différentes rencontres sont conservés dans les archives et figurent dans le corpus de textes joint à cette thèse. Quelques temps auparavant (12 mars 1946), il avait présenté son double projet d’école et de communauté à une rencontre des délégués du Consistoire de l’Eyrieux : « Causerie sur l’œuvre de Charmes » (Texte dans les archives UP)

[70]  Dans la Charte de 1946, 2e partie, les § 70-71.

[71]  Voici ce qu’écrivait le 13 août 1953, L. D. aux pasteurs du Directoire (équipe pastorale dirigeant l’UP) à propos de la 1ère partie de la Charte : « C’est un morceau d’une seule venue, et le laisser intact peut maintenir plus de continuité dans le développement de l’Union de Prière ».

[72]  Toutes ces pratiques sont expliquées en détail dans la seconde partie de la Charte (§§ 85-90, édition de 1946). En 1949, L. D. précise encore les choses dans un Mémento (cf. : section 2 et section 4).

[73]  Le pasteur Serr avait choisi la vocation au célibat. Dans les années 1970, il séjournera une dizaine d’années au monastère trappiste de Latroun en Israël. Il reviendra à Charmes par la suite pour occuper la maison de Boissier après l’arrêt du Cours Isaac Homel. Il y restera pratiquement jusqu’à sa mort. Avec Olivier Clément, il a co-écrit un livre sur la prière du cœur (Spiritualité Orientale, n° 6, Édition Abbaye de Bellefontaine, 20112, 136 p.)

[74]  Charte (1951), 2e partie, chap. 3 « Règlement intérieur », point 1.

[75]  Les mêmes précisions se retrouvent dans la Charte à partir de l’édition de 1951 (§ 17, 31-32) et demeureront dans toutes les éditions jusqu’à la révision de 2008 qui a considérablement atténué cette exigence en laissant à chacun, et surtout à chacune, la liberté de discerner comment mettre cette « théologie du vêtement » en pratique. Dans la Charte de 1946, en note du § 93, il est précisé que les femmes prient la tête couverte et qu’autant que possible il faudrait que « les femmes, membres de l’U.P., trouvent, chacune pour elle-même, un moyen d’avoir la tête couverte d’une manière continuelle dans la vie sociale ». Egalement une note pour le § 106 où est notamment dénoncé le « nudisme moderne » : L’U.P. n’admet pas de femmes qui ne soient entièrement vêtues dans toutes les circonstances de la vie sociale ; qui ne s’abstiennent pas des coiffures et des chevelures coupées ; qui usent de fards et portent des bijoux inutiles. Pour éviter toute discussion, il est précisé que les membres féminins de l’U.P. ne vont jamais jambes nues, malgré les difficultés actuelles, qui n’enlèvent ni le recours à Dieu selon Matthieu 6/30, ni l’entraide fraternelle.

[76]  Voir la conclusion de son article sur le mariage dans Esprit & Vie, 1938, 7, p. 75a. On trouvera aussi dans ce texte et dans d’autres, un plaidoyer en faveur de l’abstinence sexuelle, provisoire ou durable, dans le couple. Plusieurs témoignages indiquent que ce fut sans doute, à un moment donné, un choix personnel du pasteur Dallière. Sans aller jusqu’à l’encratisme, on peut sans doute voir dans le « style de vie en résistance à l’Anti-Christ » une tendance au rigorisme assez typique de nombreux mouvements spirituels (et pas seulement chrétiens) qui se positionnent en rupture avec la société. Ainsi la question du vêtement des femmes rejoint ce qui est également attesté dans certains courants juifs ou musulmans. Ici comme sur d’autres questions, les idéaux-types (Église / secte / mystique) proposés par Max Weber et Ernst Troeltsch pourraient servir de grille d’analyse (J. Séguy, Christianisme et société. Introduction à la sociologie d’Ernst Troeltsch, Paris : CERF, 1980 ; N. Luca, « Sectes », in Dictionnaire des faits religieux, Paris : PUF, 2010, p. 1145-1146). L.D. connaissait la typologie troeltschienne et la mentionne dans son article « Le Réveil, IV. — Un écueil à éviter », op. cit., p. 26b.

[77]

§ 69     L’U.P. est branchée sur l’E.R. de Charmes ; mais elle ne saurait ni se confondre avec cette Église, ni s’enfermer dans les limites territoriales d’une paroisse.

 

§ 70    Le branchement résulte de ce que le directeur de l’U.P. est le pasteur de l’E.R. de Charmes : tout naturellement une vie active de l’U.P. se manifestera dans sa paroisse même, centre du mouvement spirituel.

§ 69     L’Union de Prière est une communauté qui a son centre au sein de l’Église Réformée de Charmes, sans se confondre avec cette Église, ni s’enfermer dans les limites territoriales d’une paroisse.

 

§ 70     L’articulation résulte de ce que le directeur de l’Union de Prière est en fait le pasteur de Charmes. Les membres de l’Union de Prière qui résident dans cette paroisse ou dans des paroisses avoisinantes portent d’une manière particulière la responsabilité de la vie du « centre », sans que leur adhésion à la communauté ou leur forme de vie diffèrent de celles des membres qui demeurent plus loin du centre.

 

[78]  La « Fraternité des Veilleurs », fondée par Wilfred Monod est également un tiers-ordre protestant mais n’est pas directement lié à l’Église réformée. De même, les communautés de diaconesses sont d’abord liées à la Fédération Protestante, plus qu’à l’Église réformée ou luthérienne. La situation de Taizé a beaucoup évolué entre sa fondation et aujourd’hui. Les liens étroits des débuts (et le soutien appuyé de Marc Boegner, cf. : L’exigence œcuménique, op. cit., p. 216-217 ; 322-325) se sont ensuite relâchés. Notons que dans les années 1950, le pasteur Dallière avait été consulté par le Conseil National de l’ERF sur le cas d’un frère de Taizé qui au terme de son proposanat comme pasteur avait dû choisir entre son engagement à Taizé et la consécration pastorale dans l’ERF. L. Dallière déplorait à cette époque le blocage idéologique de certains réformés, opposés à l’idée d’une vie consacrée qui serait compatible avec un ministère en paroisse (documents dans les archives UP).

[79]  Une annexe sera ajoutée pour développer la question très délicate des confirmations par immersion pratiquées à Charmes. Mais nous reprendrons ce point dans le chapitre sur le baptême (II 4.4.3).

[80]  L.D. évoquera cette rencontre lors de la Retraite de 1968 (1ère étude, § III). Dès 1962, L.D. s’était intéressé à ce pasteur pentecôtiste qui un des premiers, avait osé sympathiser avec des membres d’autres confessions. Il l’évoque à la Retraite suisse de 1962 (Promesses et exigences du Saint-Esprit, 2ème étude, § 4 : L’exigence d’une bonne conscience envers le mouvement de Pentecôte). Le frère de L.D., Emile, traduira en français la biographie de D. Du Plessis, sous le titre Monsieur Pentecôte (Lillebonne - Le Mont-sur-Lausanne : Foi et Victoire, 1981, 307 p.).

[81]  Dans le numéro spécial de Foi et vie consacré au Renouveau charismatique (1973, 4-5), on retrouve plusieurs articles rédigés par des pasteurs de l’Union de prière ainsi que la réédition de deux études du pasteur Dallière publiées en 1933 et 1935 dans le journal Esprit & Vie. Sur la rencontre de Viviers une brochure récapitulative fut éditée (146 p.). On trouvera aussi un compte-rendu dans l’autobiographie du pasteur Arnold Brémond, Sur les chemins du renouveau. Une aventure sociale et spirituelle, Paris : Pneumathèque, 1976, p. 172-174 (Collection du Chemin Neuf, II).

[82]  Il s’agit d’Henri Boegner qui outre son passage au catholicisme sera un militant de la droite conservatrice, notamment dans le Cercle Fustel de Coulanges. Sa belle-sœur Jacqueline avait épousé le philosophe et écrivain Gabriel Marcel qui dans sa jeunesse était agnostique mais qui se convertira lui aussi au catholicisme.

[83]  Lumière de l’Orient, Charmes-sur-Rhône, Union de prière, août 1960. Cette découverte de l’orthodoxie par le pasteur Dallière sera l’occasion d’une réelle remise en question de certains de ses postulats théologiques (cf : III / 5, p. 24).

[84]  Propos rapportés par Sr Elisabeth : « L'Union de prière de Charmes et la Communauté des Diaconesses de Reuilly », Communion(courrier de la communauté des Diaconesses de Reuilly), Mai 1982, N° 79, p. 13.

 


Date de création : 15/10/2019 @ 14:26
Dernière modification : 15/10/2019 @ 14:26
Catégorie : Biographie
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